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Le 28 juin 1965, un habitant de Corcelles mettait au jour une des plus intéressantes trouvailles monétaires faite dans notre pays. Comme c’est souvent le cas, la découverte fut fortuite, et sans un heureux concours de circonstances le trésor aurait fort bien pu passer inaperçu, et dormir encore quelques siècles dans notre sol.
M. André Coucet, électricien à Corcelles, entreprit de creuser une fouille pour des canalisations, au travers du jardin paternel. Le tracé initial fut modifié à la dernière minute : sans ce changement, la tranchée eût passé à côté du trésor. Détachant un gros caillou, à 70 centimètres de profondeur, M. Coucet vit couler sous ses yeux ébahis un flot de piécettes blanches. Comprenant qu’il s’agissait de monnaies anciennes, il les ramassa soigneusement et réussit à extraire le vase de terre cuite, sans trop l’abîmer. Ce trésor de 1118 pièces d’argent et d’un lingot de même métal présentant un intérêt scientifique considérable, fut revendiqué par l’Etat. Appliquant les règles des articles 723 et 724 du Code civil suisse, l’Etat versa au propriétaire du fonds et à l’inventeur les indemnités légales.
L’examen des lieux permit d’établir que la cachette avait été creusée à l’intérieur d’un bâtiment disparu depuis lors. Il s’agit très certainement d’un enfouissement tranquillement préparé, donc exécuté par un habitant de l’immeuble. La valeur de ce magot était, à l’époque de son enfouissement, considérable : cela pose donc toute une série de questions. Comme le montre la petite carte ci-après, les pièces proviennent toutes des vallées du Rhin et de ses affluents. La « collection » de ce trésor s’est opérée entre Cologne et Strasbourg, en vue d’un transfert vers le sud.
Qui a enterré ce trésor, et pourquoi ? Voilà des questions impossibles à résoudre, sinon par hypothèses. Quelque marchand, ou un trésorier de l’empereur, se rendant en Italie, surpris en route, interrompu dans son voyage. Peut-être aussi s’agit-il d’un patrimoine destiné à l’abbatiale de Payerne, alors en construction, et distante de 2 kilomètres seulement.
Un autre aspect historique de cette découverte mérite notre attention : le village de Corcelles est signalé par des textes pour la première fois en 1148. Notre trésor, enfoui dans un immeuble serait l’indice de l’existence d’une petite agglomération rurale en 1034 déjà, donc un siècle plus tôt.
Voici la répartition des pièces de la trouvaille ; cela nous donne l’image de la variété des pièces en circulation en Alsace, où le trésor semble avoir été constitué :
Alsace total des pièces 749
Strasbourg 181
Spire 122
Worms 365
Mayence 81
Haute-Lorraine total des pièces 118
Verdun 2
Toul 1
Marsal 1
Metz 114
Constance total des pièces 36
Constance 27
Zurich 3
Coire 6
Vallée du Rhin total des pièces 106
Andernach 6
Cologne 23
Duisbourg 1
Tiel 17
Deventer 11
Frise 14
Trèves 34
Allemagne, plus à l’est, total des pièces 69
Ulm 4
Esslingen 44
Wurzbourg 9
Fritzlar 1
Mersebourg 1
Soest 7
Hildesheim 1
Lunebourg 1
Hesse 1
Angleterre 1
Non identifiées 39
GTell, Colin Martin, Trésors et Trouvailles Monétaires