Site consacré à l'histoire de la Suisse. Curiosités suisses.
Les Helvètes
"Les Romains passant sous le joug" de Charles Gleyre, 1858. Triomphe des Helvètes sur les Romains à la bataille d'Agen. À gauche, armé de l'épée, Divico.
Plusieurs peuplades étaient établies dans nos régions ; leurs territoires débordaient même nos frontières actuelles. La plupart d’entre elles appartenait à la grande race celtique ou gauloise qui vint se fixer dans l’Europe centrale et occidentale. Le Jura neuchâtelois et bernois était habité par les Séquanais, le canton de Bâle par les Rauriques, le Tessin par les Lépontiens et d’autres plus petites tribus, le Valais par les Nantuates, les Séduniens et les Véragres, les Helvètes enfin occupaient la contrée comprise entre les Alpes bernoises, le Rhin et le Jura. Quant aux Rhètes (ou Rhétiens), qui vivaient dans les Alpes à l’est du St-Gothard et jusqu’au lac de Constance, il semble que l’on doive voir en eux un peuple à part qui avait ressenti profondément l’influence de la civilisation étrusque et, plus tard, celle de la civilisation celtique.
Les Helvètes étaient, au dire de César, avec les Belges, les plus braves des Gaulois. Ils se divisaient en 4 tribus. Le pouvoir suprême résidait dans l’assemblée du peuple. Toutefois, la noblesse avait la prépondérance politique et sociale ; le sol, qui lui appartenait, était cultivé par des fermiers, des valets et serfs. Les prêtres gallo-helvètes appelés druides jouissaient d’un grand prestige. Dans les bois sacrés, à l’ombre des chênes, ils offraient en sacrifices aux dieux des fruits, des animaux et même des hommes. Les druides, qui étaient en même temps médecins et sorciers, avaient des connaissances très étendues ; ils utilisaient notamment l’alphabet grec. On peut ajouter que, comme tous les Celtes, ils aimaient les expéditions guerrières et le pillage.
D’après le témoignage des historiens romains, les Helvètes habitaient primitivement les bords du Rhin moyen et l’Allemagne du Sud. L’époque de l’occupation du pays suisse n’est pas exactement connue. Tandis que certains historiens la placent au IIIe, au IIe siècle, voire au Ier siècle avant notre ère, d’autres admettent qu’elle se produisit déjà au Ve siècle. Il est possible que l’occupation ait eu lieu par étapes et par groupes successifs. Les Helvètes Tigorins émigrèrent en Gaule, à la suite des Cimbres et des Teutons, sous la conduite d’un jeune chef nommé Divico. L’invasion ravagea la Gaule jusqu’à la Garonne. Près d’Agen, les Helvètes Tigorins écrasèrent une armée romaine commandée par le consule Cassius, qui fut tué. L’armée vaincue dut livrer des otages et subir l’humiliante condition de passer sous le joug, c’est-à-dire sous une lance attachée horizontalement à deux autres lances fichées en terre. (107 av. J.C.) Les vainqueurs pillèrent un certain temps la Gaule.
Mais lorsque le consul Marius eut anéanti les Teutons à Aix en Provence, les Cimbres avec les deux tiers des Tigorins à Verceil en Italie, le groupe tigorin, qui avait gardé les passages des Alpes, pénétra à son tour en Helvétie (102 av. J.C.) où il trouva pacifiquement un asile auprès de ses frères de race pour reconstituer désormais la nation helvète.
Tentative d’établissement et défaite des Helvètes en Gaule.
Les Helvètes se trouvèrent dans une situation difficile. Au nord, le long du Rhin, ils étaient inquiétés par les Germains ; au sud-ouest, ils étaient menacés par les Romains qui avaient occupé Genève. Les Helvètes se souvinrent alors des fertiles contrées de la Gaule qu’ils avaient parcourues lors de leur première expédition. Ils résolurent donc de s’installer sur la terre gauloise (dans la Saintonge) où la vie serait plus douce qu’en Helvétie. Un noble de grande fortune, Orgétorix, les engagea vivement à donner suite à ce projet. L’émigration fut décidée pour le printemps de la 3ième année. On ensemença le plus possible ; on fabriqua en toute hâte des chariots. Mais, à ce moment-là, il apparut qu’Orgétorix ne cherchait qu’à satisfaire son ambition et voulait se faire reconnaître comme chef. Un tel crime était puni de la peine du feu. L’assemblée du peuple se réunit pour juger Orgétorix qui, se voyant perdu, se suicida. Les Helvètes ne renoncèrent pas pour autant à leur projet. Pour s’ôter à eux-mêmes toute tentation de rentrer au pays, ils brûlèrent leurs 12 villes et leurs 400 villages. Puis, le peuple entier – guerriers, femmes, enfants – se mit en marche sous la conduite de Divico dont les années avaient blanchi la tête. Des tribus voisines se joignirent aux Helvètes ; en tout 368 000 individus, d’après César.
L’an 58 av. J.C., au printemps, les Helvètes arrivèrent à Genève. Afin d’éviter les routes montueuses du Jura, ils songèrent à traverser le Rhône près de cette ville, puis à repasser sur la rive droite du fleuve en se dirigeant vers la Sud. Ils se trouvèrent soudain face à face avec Jules César, le meilleur général de Rome.
Les Romains possédaient depuis longtemps déjà le sud-est de la Gaule, et César projetait précisément de soumettre le reste du pays. Il s’opposa donc au passage des Helvètes en élevant des ouvrages fortifiés. Ces derniers se virent alors forcés de rester sur la rive droite du Rhône et de chercher à pénétrer en Gaule par le Pas de l’Ecluse (Jura). Pendant ce temps, César rassembla en Italie une forte armée avec laquelle il se mit à la poursuite des Helvètes. Il les atteignit à Bibracte, (probablement le mont Beuvray, à l’ouest d’Autun en Bourgogne) et leur livra bataille. Après une furieuse résistance, où des milliers d’entre eux tombèrent en héros, les Helvètes durent céder à la tactique et à la discipline romaine. César renvoya les survivants en Helvétie et leur ordonna de reconstruire leurs villages. A partir de ce moment, les Helvètes furent soumis à la domination romaine.
Petisuix
GTell, Internet, Histoire de la Suisse de Sutter et Castella