Site consacré à l'histoire de la Suisse. Curiosités suisses.
Paris. 1809. On me demande, Constant surtout, comment il se fait que je sois entré au service de l’Empereur ?
J’avais sept ans quand, pour la première fois, j’ai entendu parler de Lui. C’était le branle-bas dans tout le pays.
À Lausanne, à Vevey, partout où il passait, on tirait du canon. Le soir, on allumait des feux de joie, et nous aperçûmes d’autres feux qui avaient l’air de nous répondre, de l’autre côté du lac. Partout il y avait des banderoles « Un peuple ne peut être sujet d’un autre peuple ! » C’était lui qui avait prononcé cette phrase en ajoutant « la Grande Nation vous protégera » ! A l’école, les filles étaient jalouses de Vérène Zimmer et d’Emilie Mourer et d’une troisième fille dont j’ai oublié le nom. Elles étaient habillées en bleu, blanc, rouge et lui ont récité un joli compliment en vers :
« Poursuis ta brillante carrière
Vainqueur humain chéri des dieux. »
Je croyais qu’il y avait un seul Dieu, ai-je demandé à ma mère. Elle m’a dit que oui, mais que c’était une façon de parler des poètes qui n’ont pas la même comprenette que nous. Le lendemain à l’école, le régent a corrigé : « Vainqueur humain chéri des Cieux. » Et puis, dans le compliment, il y avait encore un vers qu’on a pas bien compris : on parlait de « l’Ombre de César Sumili. » Nous, on croyait que c’était son nom de famille, mais le régent a expliqué que nous avions mal compris : c’était l’ombre de César s’humilie !...
Et ça rimait avec « César a servi l’Italie » !
Deux ans plus tard, mon père a été voir le défilé des troupes sur les plaines de Saint-Sulpice, et c’était magnifique, mais j’étais encore trop bouèbe. Ma mère a dit que c’était sûrement un grand général, mais pas très poli, parce que le Préfet avait donné un bal à Lausanne en son honneur et que le général n’était même pas venu.
Giuseppina qui vient d’Aoste nous a dit que ce général était italien.
Parce qu’il s’appelait Bueno Parte, mais mon père a contredit.
Mon père était « pétitionnaire » et quelquefois, on le voyait partir avec une feuille verte de tilleul fixée à son chapeau. Ma mère en était fière et nous dit que c’était un signe de ralliement… Oui, je puis dire que depuis mon enfance, le général Bonaparte était mon héros !
À suivre.