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Site consacré à l'histoire de la Suisse. Curiosités suisses.

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Jean-Abraham Noverraz nous dit dans son journal…

 

Paris, 20 juillet 1810.

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Le temps me dure bien mais la vie est meilleure depuis que je suis piqueur. Je visite Paris en compagnie d’un valet auvergnat dont les parents tiennent boutique, rue du Bac, où son frère est charbougnat. (charbougnat = charbonnier)

 

Les rues sont bruyantes et souvent sans trottoir. On doit à chaque instant se réfugier contre une façade pour laisser passer des fiacres ou des cabriolets, des « bokeis » ou des « carriks ».

 

On voit aussi de très beaux carrosses tout décorés, ils datent des premiers temps de la Révolution où on pouvait acheter pour presque rien les choses des émigrés.

Le faste d’un début d’Empire.

Le faste d’un début d’Empire.

Nous avons acheté deux petits gâteaux à un marchand ambulant qui criait « Gâteaux de Nanterre ! » Ils ressemblent à des biscômes. D’autres marchands proposent des rubans, d’autres, des échaudés. Ils ont tous leur siclée.  Une jolie marchande m’a proposé des frivolités. Elle m’a dit que ça ferait sûrement plaisir à ma petite amie, parce qu’un beau garçon, comme moi (c’est ce qu’elle a dit) devait sûrement en avoir une ! J’ai rougi parce que je n’ai pas l’habitude d’entendre une demoiselle parler comme ça. En même temps qu’elle me proposait de jolis tissus, elle se penchait, et je pouvais voir presque tout dans son corsage, et puis, comme je ne voulais rien acheter, elle s’est détournée brusquement et a continué son manège sur un autre passant. D’autres dames nous frôlaient ; elles portaient des jupes longues, mais comme transparentes, et on devinait facilement leurs formes. Mon compagnon m’a dit qu’il connaissait des rues où les filles étaient faciles. Je lui ai répondu que ça ne m’intéressait plus de découvrir Paris.

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Les hommes aussi portaient des vêtements qui m’étonnaient : il y avait des pantalons bouffants serrés dans le bas par des bottes de cuir, des redingotes très longues, des culottes courtes serrées aux genoux pour ceux qu’on appelle les Muscadins ou les Incroyables, (Dandys) mais mon regard était comme attiré par les robes blanches décolletées et par tout ce qu’on pouvait imaginer, aussi, quand je suis revenu dans ma chambre, j’ai trouvé un prétexte pour refuser à dîner : trop de sauces, trop de desserts, trop de vins ! J’ai relu les feuilles que ma mère avait copiées et qu’elle m’avait recommandé de lire. C’était des phrases du « Traité contre l’Impureté » ! par J.F. Osterwald, le pasteur de l’Eglise de Neufchâtel…

 

« Un homme qui n’est pas chaste a presque continuellement l’esprit occupé d’Imagination et d’Idées sales et honteuses ; son cœur est une source perpétuelle de mauvaises pensées ; il ne faut que la présence d’un objet pour enflammer sa cupidité… L’impureté remplit le luxurieux. C’est là sans doute un état tout à fait déplorable car l’Image de Dieu est effacée et il porte celle de l’Esprit impur… Sensualité et Luxure rendent l’homme semblable aux bêtes. »

 

Même en lisant ces belles phrases, je ne pouvais m’empêcher de penser aux beautés tentatrices des rues de Paris. C’était plus facile de résister à la Luxure au bord du Léman pour gagner le Ciel des Cieux ! Le pasteur Osterwald conseillait le Travail :

 

« Il importe extrêmement d’éviter l’oisiveté si l’on ne veut pas être entraîné par les désir impurs. Le Travail est un préservatif contre la Volupté… »

Pauline, sœur préférée de Napoléon en Vénus.

Pauline, sœur préférée de Napoléon en Vénus.

J’ai replié les pages copiées par ma mère, bien soigneusement ; l’Auvergnat m’a raconté que c’était plein de belles filles dans les rues voisines du Palais Egalité. Il y allait quelquefois pour retrouver une certaine Angélique. La plus belle poitrine de Paris, à son avis, c’était celle de Trainasse, qu’on pouvait rencontrer, chaque après-midi, à la Rue Traversière. « Quand on a vu ça, on se sent fier d’être Français… !

À suivre.

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