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Site consacré à l'histoire de la Suisse. Curiosités suisses.

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Vénéré au ViêtNam

 Alexandre Yersin
 
Bactériologiste français d’origine suisse, né à Morges 1863, mort à Nha Trang, Annam, (ViêtNam) 1943. Ce descendant d’une vieille famille huguenote est venu faire à Paris ses études de médecine. En 1886, il est interne à l’hôtel-dieu. Toute son admiration est pour Pasteur, qui, l’an précédent, a sauvé de la mort un enfant mordu par un chien enragé. Il rêve de se faire, lui aussi, spécialiste en microbiologie. Voici qu’un jour arrivent de Russie quelques moujiks et leur pope, portant d’affreuses blessures. Une bande de loups les a attaqués dans un village, dont la salive, examinée, s’est révélée infectée du virus rabique. Ils ont fait le voyage de Paris, n’attendant plus leur salut que de Pasteur. Cinq sont hospitalisés, les autres devront se présenter chaque jour au laboratoire de la rue d’Ulm. Pasteur viendra quotidiennement, pendant dix jours, injecter lui-même son vaccin aux grands blessés. Ainsi, Yersin voit apparaître l’homme sans doute le plus populaire de France, et qu’on nomme déjà « bienfaiteur de l’humanité ».
Lorsque Yersin se rendra au laboratoire de la rue d’Ulm, ce ne sera pas en tant que médecin, mais en tant que patient. En disséquant le cadavre d’un homme mort de la rage, il s’est blessé, et son patron lui a donné l’ordre de se faire immédiatement vacciner. Pasteur recevait les malades à 11 heures du matin. Il fallait se présenter dès 10 heures, donner son nom à un employé avec le motif de la visite. Pasteur appelait lui-même, par sa porte entrebâillée, les visiteurs inscrits. C’est ainsi que Yersin entendit son nom, prononcé par cette voix célèbre. Tandis que Pasteur lui injectait la culture atténuée, faite de moelle de lapin, il remarqua, se tenant un peu en retrait, un personnage en blouse blanche, à barbe pointue, au regard d’un bleu enfantin bizarrement enfoncé sous les arcades sourcilières excessives. C’était Emile Roux, son aîné de dix ans. Une très forte amitié naîtra entre Roux et Yersin, plus fidèle sans doute chez le premier que chez le second, auquel on a reproché, à l’égard de ses amis, une attitude parfois fuyante, conséquence peut-être de son extrême timidité et d’un goût inné pour la solitude.
 
Yersin est bientôt embrigadé dans l’équipe pastorienne. C’est une chance, car jusqu’alors Pasteur avait trouvé sans peine, à l’Ecole normale même, tout ce qu’il lui fallait en fait de jeunes collaborateurs. Mais Roux, qui l’a choisi, a tout de suite été séduit par le sérieux du nouveau venu, un sérieux calviniste. On le loge rue Vauquelin, où désormais les malades seront reçus et soignés.
 
Trois ans plus tard, le premier Institut Pasteur est inauguré, dans le quartier de Vaugirard. Emile Roux en est le chef. Pasteur, glorieux et vieilli, n’y paraîtra que rarement. Yersin, au titre de préparateur en microbiologie, sera le bras droit de Roux, comme celui-ci l’a été si longtemps de Pasteur, et ce sera ensemble que les deux savants découvriront la toxine de la diphtérie, ainsi que les propriétés, jusqu’alors mal connues, du microbe de cette maladie redoutable, bientôt jugulée.
 
1890… A la stupéfaction de tous, Yersin, dont on pouvait croire que la carrière se déroulerait entièrement à l’Institut Pasteur, annonce son prochain départ pour l’Indochine. Il passe au service des Messageries maritimes, comme médecin navigant. Il lui faut un remplaçant. Ce sera Haffkine, microbiologiste russe, natif d’Odessa.
 
Voici donc, deux mois plus tard, YERSIN à bord de L’Eridan, vapeur qui assure la ligne de Saigon à Manille, puis d’un courrier qui fait la navette de Saigon à Haiphong. L’aventure l’a emporté sur la recherche austère. Aventure d’ailleurs plus imaginaire que réelle, comme celle que Rimbaud a été chercher à Aden et en Ethiopie. Bientôt fatigué de ce métier de « toubib » à casquette de cuir bouilli, assoiffé d’aventure vraie, il demande un congé, se fait explorateur. L’Indochine est encore un pays plein de mystère. Les taches blanches énigmatiques n’ont pas été toutes effacées de la carte dressée, année après année, par la mission Pavie. Débarqué à Nha Trang, cette baie magnifique qui abritait alors une petite ville pareille à toutes celles que l’administration française a laissées là-bas (une combinaison de Castelnaudary et du village indigène), il s’est enfoncé vers l’intérieur des terres, à travers les montagnes de l’Annam, avec trois coolies. Bientôt, il a dû rebrousser chemin, sans poursuivre vers le but qu’il s’était fixé : Saigon. C’est par mer qu’il se rendra, après son échec, au grand port, pour s’y faire soigner par Calmette de son paludisme. Deux ans plus tard, ce sera une seconde exploration parfaitement réussie celle-là, dont le point de départ est encore Nha Trang, mais en direction du Mékong, dont il découvrira quelques affluents inconnus.
 
L’année 1894 est celle où Yersin retourne à la microbiologie. Une calamité le lui a ordonné : la peste, ce fléau séculaire, qui a éclaté en Chine, ravage surtout la Chine du Sud, fait d’innombrables victimes à Canton et à Hongkong. Nommé depuis quelque temps médecin colonial, Yersin reçoit la mission de se rendre à Hongkong pour rechercher sur place le virus, encore inconnu, de la peste comme son mode de propagation, dont l’Indochine est menacée.
 
La ville où débarque Yersin, dans l’accablante chaleur de l’été, paraît surgir de ces époques où le « mal noir » régnait sans partage sur ses nouvelles possessions. Les rues sont vides. La population chinoise survivante a fui. Sur quelques portes, c’est un grand cercle rouge, sinistre, annonçant que la peste habite cette maison. Partout des rats morts, sur les quais par centaines, et flottant autour des rares navires. Des murs ont été dressés pour enfermer certains quartiers dans leur infection. Sur les terrains vagues brûlent des meubles, des grabats contaminés.
 
Les autorités anglaises ont fait à Yersin un accueil plutôt froid. Ce n’est pas un Anglais qui lui servira de guide, mais un religieux italien, le P. Vigano, qui s’est battu à Solferino dans les rangs français. Grâce à l’entregent de l’ecclésiastique, Yersin pourra s’aménager un laboratoire dans un hôpital. Déjà quelques chercheurs japonais y travaillent, et, parmi eux, le célèbre Kitasato. Entre ces japonais et Yersin les contacts seront rares, distants. On se dispute les cadavres. Ceux-ci sont enlevés, très vite, par les matelots anglais, jetés dans des fosses qu’on recouvre de chaux. Apprenant qu’il existe, au sous-sol de l’hôpital, une sorte de morgue où les morts sont descendus et aussitôt recouverts de chaux dans leur cercueil, Yersin va corrompre les matelots anglais chargés de ce travail. pour quelques yens, on lui permettra de découper au rasoir quelques bubons gorgés de pus. C’est ce pus, selon lui, qu’il faut examiner, et non le sang, comme le font actuellement les japonais. « Je monte à mon laboratoire, a-t-il écrit dans son premier rapport, je fais rapidement une préparation et je la mets sous le microscope. Au premier regard, je reconnais une véritable purée de microbes, tous semblables. Ce sont de très petits bâtonnets trapus, aux extrémités arrondies, assez mal colorés par du bleu de Löffler. »
 
Bientôt, vingt et un tubes de verre, représentant vingt et un cas de peste, sont expédiés à Paris et font l’objet d’une communication à l’Académie de médecine.
 
Cependant, les Japonais ont prétendu avoir trouvé, en même temps que Yersin, le microbe de la peste, auquel ils ont donné le nom de bacille de Kitasato-Yersin. Kitasato sera le premier à reconnaître son erreur. Ce qu’il avait pris pour le microbe de la peste n’était qu’une sorte de pneumocoque, agent de septicémie, compagnon inséparable du premier.
 
En 1897, c’est une nouvelle épidémie de peste, mais dont Bombay est le théâtre. Des savants de diverses nationalités s’y retrouvent : Kitasato pour le Japon, Georg Sticker pour l’Allemagne, Yersin pour la France. Il est venu de Nha Trang avec dans ses bagages le vaccin préparé par Calmette, Borel et lui-même. Les effets en seront décevants chez les Indiens, meilleurs pour les Chinois, meilleurs encore pour les Européens, qui ne seront victimes de la peste que par accident. Georg Sticker a été lui-même frappé : « J’ai compris le mécanisme de l’infection quand, à l’entrée d’une maison la porte était marquée du terrible signe d’avertissement, nous avons été assaillis, dès le vestibule, par des essaims de puces. J’ai ressenti une piqûre sur le dos du pouce droit et n’y ai d’abord attaché aucune importance. Vingt-quatre heures plus tard, il y avait à cette place une pustule brûlante. La nuit suivante, je grelottais de fièvre, et les ganglions des aisselles grossissaient… La pustule contenait des bacilles de la peste… »
 
Georg Sticker guérit, mais non deux médecins portugais et une infirmière allemande qui avaient été, en même temps que lui, piqués par des puces infectées.
 
Ces accidents avaient fait ressortir aux yeux de tous les savants présents à Bombay le mode de propagation des bacilles. Du rat ils passaient à la puce, et de la puce à l’homme. Les Indiens le savaient bien qui, dès les premiers assauts du mal, travaillaient à l’extermination des rats et, si leur lutte paraissait impuissante, s’éloignaient vers les montagnes, où il n’y a pas de rats, et demeuraient indemnes, alors que les musulmans, qu s’enfermaient dans leur maison, périssaient par milliers.
 
Yersin, jusqu’en 1943, est demeuré à Nha Trang, où il s’était installé un laboratoire. Il avait élu domicile dans un blockhaus désaffecté, qu’à peine une cinquantaine de mètres de dunes séparaient de la mer. Il voyait peu d’Européen, réservant son intérêt aux indigènes les moins fortunés, et spécialement aux pêcheurs des environs et aux enfants annamites. Il leur montrait des films, leur prêtait des livres d’images, dont il avait une pleine bibliothèque, les faisait monter à sa « coupole astronomique », comme il disait, pour fouiller, par l’œil du télescope, les astres, et contempler surtout la lune, cette lune chère à tous les Orientaux. En le voyant passer, seul, sur sa bicyclette, barbe au vent, casque colonial sur la tête, tout vêtu de toile kaki, appelé par un malade de la petite ville ou des faubourgs, on s’exclamait : « Ne dirait-on pas Hao Ti (le dieu de la médecine) en personne ? »
 
Il a voulu être inhumé dans la solitude de la plantation de Suôi Giao, par lui-même conquise sur la forêt d’Annam. De son tombeau, on découvre toute la baie de Nha Trang, c’est-à-dire l’un des plus beaux paysages du monde.


http://www.pasteur.fr/infosci/archives/yer0.html
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