La lutte s’ouvre avec l’Helvétie.
L'Helvétie
Sur la côte suisse, entre Genève et Villeneuve, chaque jour durant l’été 1842, les deux bateaux se suivent à tout au plus une heure d’intervalle. Eventuellement, l’Helvétie talonne l’Aigle. – Cette rivalité à la vitesse coûte cher. La clientèle n’y comprend rien. Cela rend mal. Il faut quand même finir par se ranger. Aussi bien, dès l’été 1843, un modus vivendi est établi. Les trois sociétés s’entendent sur un partage raisonnable du trafic, non sans que l’Helvétie s’y taille la part du lion : l’horaire général quotidien porte pour celle-ci la double course de Genève à Villeneuve et retour, tandis que la Société réunies du Léman et de l’Aigle doivent se contenter, ensemble, de la même double course en sens inverse (horaire du 7 juillet 1843). Cette disposition sera maintenue pendant 12 ans, jusqu’à l’apparition du chemin de fer, en 1855.
Entre-temps, en 1851, la Compagnie genevoise des Bateaux réunis aura révisé ses statuts et, à cette occasion, elle aura changé sa raison sociale qui prêtait à confusion ; elle s’appelle maintenant Société du Bateau à vapeur l’Aigle, du nom de son unique bateau. (Le Guillaume Tell de Church a été démoli au début de 1836, le Winkelried en 1842) Cela ne l’empêche aucunement de partager, l’année suivante, avec les sociétés du Léman et de l’Helvétie, pour un tiers, la propriété d’un petit bateau économique – le Guillaume Tell, deuxième du nom – qui sera affecté surtout à neutraliser des velléités de concurrence qui se manifestent sur l’une et l’autre rive du lac.
Le Guillaume Tell, deuxième du nom, bateau construit par le fameux John Penn, à Greenwich – coût 150 000 francs – lancé à Genthod le 27 septembre 1853 – c’est le cinquième et dernier des bateaux venus d’Angleterre pour notre lac.
En outre, en 1855, pour faire face au trafic attendu en raison de l’établissement du chemin de fer d’Yverdon à Morges, la Société de l’Aigle construit avec celle du Léman un grand bateau de 800 places : l’Hirondelle. Elle renoncera toutefois à cet indivis peu après, pour consacrer tous ses moyens à se doter elle-même d’un second bateau qu’elle désigne par Aigle N° 2. (Aigle, troisième du nom, dit aussi Aigle N° 2, construit à Ouchy en 1857 par Escher Wyss, de Zurich – lancé le 14 mars 1857) Après quoi, en 1860, non sans étonner beaucoup de monde, elle vend son Aigle N° 1 (celui de 1842, à la coque en fer) à un concurrent, à la Compagnie des chemins de fer de la Ligne d’Italie. C’est le concurrent surtout de la Compagnie du chemin de fer de l’Ouest-Suisse, avec laquelle les rapports sont très tendus et cela explique cette vente.
En 1871, la Société de l’Aigle parvient au terme de sa durée statutaire – 20 années – et décide de ne pas se proroger. Un groupe important de ses actionnaires veut réaliser l’avoir et le répartir. Le matériel est en conséquence porté aux enchères publiques ; il comprend :
- le bateau Aigle N° 2,
- le tiers indivis des bateaux Guillaume Tell, Rhône et Chillon – ces deux-ci venant d’être acquis de la Compagnie de l’Ouest des chemins de fer suisses – et du grand Winkelried à deux cheminées, construit en 1870, flambant neuf ;
- le tiers indivis des débarcadères de Nyon, Morges, Ouchy et Villeneuve ;
- les approvisionnements et le matériel en magasin.
Le tout est mis à prix en un seul lot pour 180 000 francs, « hormis les deux petits canons existant sur le bateau Aigle, qui sont la propriété de M. le gérant Empeyta ». – Le procès-verbal de l’adjudication du 16 novembre 1871 relate que « divers enchères ont été portées pendant le feu de plusieurs bougies, puis M. Henri-Samuel Veyrassat, ingénieur à Genève, a offert 190 000 francs et la bougie qui brûlait alors, ainsi que deux autres successivement allumées, s’étant éteinte sans autre enchère, M. Veyrassat a été déclaré adjudicataire définitif. »
Six semaines après, le 28 décembre, M. Veyrassat faisait enregistrer la création par de nouveaux actionnaires, de la nouvelle société : L’Aige, Société anonyme de bateaux à vapeur.
La différence avec la raison sociale de l’ancienne société est subtile. Le capital de 260 000 francs – immédiatement versé – est peu changé. Au prix de 190 000 francs précisément, M. Veyrassat apporte le matériel connu.
Un an plus tard, presque jour pour jour, l’Aigle fusionnait avec le Léman et l’Helvétie pour former l’actuelle Compagnie Générale de Navigation sur le lac Léman. CGN
Histoire imagée des Grands Bateaux du lac Léman 1967
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