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Site consacré à l'histoire de la Suisse. Curiosités suisses.

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VIA MALA

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La Voie Mauvaise, le chemin dangereux ! Cette route des environs de Thusis, dans les Grisons, dont beaucoup de Suisses ont entendu parler, ne mérite plus aujourd’hui son nom. Mais elle en fut longtemps digne. Ce nom d’ailleurs, bien d’autres routes des Grisons auraient pu le porter si l’on en juge par de nombreux récits. Nous n’en voulons pour preuve que la terrible histoire rapportée par la Chronique du Zurichois Johann Jakob Wick.
Ceci se passait en 1584.
En ce temps-là, les paysans de la région de Davos, pauvres, souvent mangés de dettes, avaient coutume d’envoyer leurs filles, l’hiver venu, dans la vallée de l’Adda.
 http://fr.wikipedia.org/wiki/Adda Elles y travaillaient comme fileuses, y gagnaient leur gîte et leur couvert, s’efforçant même d’en rapporter, au printemps, quelques beaux écus sonnant clair. Un jour, six de ces jeunes filles se mirent en route, franchirent au prix de grandes difficultés le col de la Fluela et arrivèrent à Tufers épuisées, à moitié mortes de faim. Là, on les arrêta ;  impossible d’aller plus loin : la peste, qui sévissait en Italie s’approchait dangereusement. Saisies de frayeur et sans même prendre le temps de se restaurer les jeunes filles rebroussèrent chemin. La panique leur redonnait des forces. En route, elles rattrapèrent un voyageur qui se traînait misérablement ; le mal maudit venait de se déclarer dans son corps et commençait ses ravages. Prises de compassion, les jeunes filles lui vinrent en aide, d’autant qu’il s’agissait d’un de leurs compatriotes. Mais elles perdirent ainsi beaucoup de temps et se trouvaient encore bien éloignées du sommet lorsqu’une véritable tourmente de neige se déchaîna. Cette nouvelle épreuve acheva le malheureux voyageur : il s’affaisa, le froid de la neige le saisit tout entier, et il ne tarda pas à rendre le dernier soupir. Il n’avait pas eu assez de mots pour témoigner son infinie reconnaissance à ses bienfaitrices ; il leur avait fait don d’une bourse de cuir richement travaillée, pleine de pièces d’or frappées au sceau de la République de Venise. Elles se les partagèrent sur le champ puis se remirent en route. Comment elles atteignirent enfin Davos, la chronique ne le dit pas, et l’on a peine à l’imaginer. Elles y arrivèrent cependant, mais à quel prix ! Toutes les six avaient eu les pieds gelés et il leur fallut encore subir de douloureuses amputations.
Mais elles trouvèrent à leur malheur quelque consolation. La Via Mala devait les mener vers quelques pauvres écus de salaire ; elles avaient ramené cinquante sequins d’or chacune. De quoi ne plus connaître la gêne, n’avoir plus jamais à reprendre, aux portes de l’hiver, l’abominable route de la vallée de l’Adda.
Et depuis lors, dans le pays de Davos, quand quelqu’un a de la chance dans son malheur, on dit qu’il a prit la Bona Via Mala, le bon mauvais chemin !
 
Des chemins d’autrefois aux routes d’aujourd’hui, édité par la Général Motors Suisse S.A. Bienne
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