Lettre manuscrite de, de Chateaubriand, Archives bourgeoisiales de Sion
Le citoyen Chateaubriand, chargé d’affaires
de la République française près la République du Valais.
A Monsieur le Président du Conseil
de la Ville de Sion.
Monsieur le Président,
J’ai reçu la lettre que vous m’avez fait l’honneur
de m’écrire au nom du Conseil de la Ville de Sion ;
je suis infiniment touché de la bienveillance que le
Conseil me témoigne. J’accepte avec reconnaissance
le logement provisoire qu’il a bien voulu me faire
préparer ; mais la magnanimité du Premier
Consul ne permettrait pas que le logement fût
aux frais d’un pays qui n’est pas riche que de ses
vertus ; et c’est, je crois, entrer dans les hauts
sentiments de son cœur que de vous dire,
que son envoyé désire être agréable et non
à charge à votre République.
Je vous prie, Monsieur le Président,
d’offrir ces sentiments au Conseil. J’espère
arriver à Sion vers le milieu du mois d’avril ; et
j’aurai un plaisir extrême à vous assurer
de vive voix de la haute considération avec
laquelle j’ai l’honneur d’être,
Monsieur le Président,
votre très humble
et très obéissant
serviteur.
de Chateaubriand.
Paris, 15 ventôse an XII.
(6 mars 1804)
Hélas pour le Valais, le grand écrivain n’arriva jamais à Sion.
Il avait été nommé au poste de Chargé d’Affaires de la République française au près de la République du Valais, par Talleyrand, ministre des Affaires Etrangères et confirmé par le Premier Consul Bonaparte.
Le 22 mars 1804, il démissionnait sans avoir été en poste.
La cause directe, ou le prétexte, en fut l’exécution du duc d’Enghien, le 21 mars 1804.
La lettre de démission de Chateaubriand, lettre prétexte.
Citoyen Ministre,
Les médecins viennent de me déclarer que Mme de Chateaubriand est dans un état de santé qui fait craindre pour sa vie. Ne pouvant absolument quitter ma femme dans une pareille circonstance, ni l’exposer aux dangers d’un voyage, je supplie votre Excellence de trouver bon que je lui remette les lettres de créance et les instructions qu’elle m’avait adressées pour le Valais. Je me fie encore à son extrême bienveillance pour faire agréer au Premier Consul « les motifs douloureux » qui m’empêchent de me charger aujourd’hui de la mission dont il a bien voulu m’honorer. Comme j’ignore si ma position exige quelque autre démarche, j’ose espérer de votre indulgence ordinaire, citoyen ministre, des ordres et des conseils ; je les recevrai avec la reconnaissance que je ne cesserai d’avoir pour vos bontés passées.
J’ai l’honneur de vous saluer respectueusement.
Chateaubriand.
Paris, rue de Beaune, Hôtel de France, 1er germinal an XII

L'exécution du duc d'Enghien

Bonaparte