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Grégoire X et Rodolphe à Lausanne

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Bon ! Vous souvenez-vous de ce bon vieux Grégoire X et ses aventures pour traverser les Alpes ?
Oui, certainement ! Je vous l’ai racontée cette histoire. C’était le 10 octobre dernier. Pour bien compléter le récit et démontrer l’importance du voyage qu’entreprit le Pape pour la consécration de la Cathédrale de Lausanne, qui était en fait secondaire, car l’important était pour lui de rencontrer l’Empereur Rodolphe.
Le pape et l’empereur vinrent donc à Lausanne. Pas seul comme il était de coutume, ils arrivèrent avec quelques accompagnants. Mais vu l’importance de la rencontre, le pape arriva le 6 octobre 1275, accompagné de sept cardinaux, deux de l’ordre des prêtres, cinq de l’ordre des diacres, qui, dans le procès-verbal de la consécration de Notre-Dame de Lausanne, sont nommés par les églises romaines dont ils étaient titulaires, Saint-Marc, Sainte-Praxède, Saint-Adrien, Saint-Eustache, Sainte-Marie in Cosmedin, Saint-Georges in Velabro, tout proche, Sainte-Marie in porticu. Le cardinal de Tarentaise, devenu évêque suburbicaire d’Ostie, n’assistait pas à la cérémonie de la consécration, mais fut présent aux cérémonies du lendemain 20 octobre.
Outre ces huit cardinaux, parmi lesquels deux futurs papes, de nombreux autres prélats s’étaient rendus à Lausanne : les évêques de Lyon, Milan, Ravenne, Embrun, Besançon (le métropolitain de Lausanne), les évêques de Liège, Paris, Constance, Bâle, Trente, Valence, Marseille, Genève, Sisteron et Verdun, sans parler de l’évêque de Lausanne, Guillaume de Champvent.
Rodolphe rejoignit le pape à Lausanne le 18 octobre. Il était accompagné de la reine et de ses enfants, des ducs de Bavière, de Lorraine, de Carinthie, d’autres encore dont l’identité nous échappe, du comte palatin du Rhin, du burgrave du Nuremberg, Frédéric de Hohenzollern, son ami personnel, qui lui avait apporté à Bâle la nouvelle de son élection, et de nombreux landgraves, comtes et barons.
 
Où logeaient tous ces prélats et seigneurs ? On peut penser qu’ils s’entassaient dans les deux couvents lausannois principaux, celui de Saint-François et celui de Saint-Dominique, à la Madeleine. Le pape et le roi Rodolphe étaient sans doute les hôtes de l’évêque, mais le château Saint-Maire n’existait pas encore.
 
On peut aussi penser que chaque « personnalité » avait à son service de un à cinq « valet, prêtre, serviteurs, dames de compagnies et autres », qui devaient eux aussi être logés et nourris. Lausanne était donc envahie ! Ça devait être aussi très coloré et animé comme étant un grand jour de fête, dommage qu’aucun dessin ou peinture n’aient été réalisé pour immortaliser l’événement. 
 
Au cours de la cérémonie qui eut lieu le 19 octobre 1275, le pape plaça de ses mains sous l’autel majeur de la Cathédrale, qu’il oignit et consacra lui-même, les reliques suivantes : un morceau de la croix du Seigneur, des cheveux de la Bienheureuse Vierge Marie, un fragment d’une côte de la bienheureuse Marie-Madeleine et d’une côte de saint Laurent ; des morceaux du Saint Sépulcre, du sépulcre de la Sainte Vierge, de la Crèche et du bois de la croix de Saint-André, et plusieurs autres reliques. (pfffff le nombres de « vraies » reliques qui a là !)
Le pape accorda à tous les pèlerins de Notre-Dame de Lausanne vraiment pénitents une indulgence d’une année et quarante jours, auxquels les archevêques et évêques présents ajoutèrent quarante jours.
Le lendemain 20 octobre 1275, en présence des prélats et seigneurs, Rodolphe jura en mains du pape de maintenir les possessions et droits de la Sainte Eglise romaine et de l’aider à récupérer ceux qu’elle avait perdus. La défense du royaume de Sicile est expressément mentionnée. Grégoire X voulait éviter que les prétentions des Hohenstaufen sur Naples et la Sicile soient reprisent par Rodolphe. Le nouveau roi était, en effet, le filleul de Frédéric II et avait été élevé à sa cour.
Le même jour, le pape et Rodolphe fixèrent au 2 février 1276 le couronnement de Rodolphe à Rome, comme empereur d’Occident.
 
Mais les hommes proposent et Dieu dispose.
 
Comme je vous l’ai dit dans le précédent article sur le grand pape Grégoire X, il meurt sur le chemin du retour en Italie.
Que Lausanne ait été à cette époque, un instant, le centre de la chrétienté laïque et ecclésiastique, valait d’être relevé.
 
Tiré de : La consécration de la Cathédrale de Lausanne le 19 octobre 1275 et l’unité de l’Europe chrétienne. Cahiers de la Renaissance vaudoise 87. Marcel Regamey
GTell
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