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La Vie du Major Davel par Maurice Constançon (2)

Jeunesse de Davel
 
C’est à ma toute petite enfance que remontent mes premiers souvenirs de Davel. J’avais six ans et demi lorsque nous nous rencontrâmes pour la première fois. C’était en 1675. Mon père, Henri Mercanton, cultivait un petit domaine de prés et de vignes à Cully. Devenu veuf prématurément, il m’avait confié à ma bonne tante et marraine Louise Penneveyre qui habitait la rue de la Mercerie à Lausanne. Cette rue, très en pente, joint la place de la Palud au quartier de la Cité. Elle est dominée par la cathédrale, dont j’aimais tellement entendre sonner les grosses cloches. Et le soir, dans mon petit lit, j’entendais la voix du guet, qui du haut de la tour criait : « Il a sonné dix… Il a sonné onze ! »
A cette même époque, la famille Davel vint habiter notre rue. Le père, M. François Davel, pasteur à Morrens, venait de mourir, laissant sa veuve avec cinq enfants en bas âge. Bien que la famille Davel possédât une maison à Cully, la veuve avait préféré venir à Lausanne, tant à cause des facilités qu’elle y trouvait pour l’éducation de ses enfants que parce qu’elle y avait un oncle de son mari, le professeur Pierre Davel. Cet homme estimé serait pour elle l’appui et le conseiller dont avait besoin dans sa triste position. Originaire de Cully, comme nous, les Davel entrèrent tout naturellement en relations avec ma bonne tante. C’est ainsi que dès mon enfance je fus lié avec Daniel.
Étant sensiblement du même âge, nous devînmes tout de suite bons camarades. Pourtant nous ne nous ressemblions guère. Autant j’étais léger, insouciant, peu persévérant, autant lui était appliqué et consciencieux. Le sérieux de son caractère ne l’empêchait nullement d’être, à ses heures, très enjoué. Il le fut du reste toute sa vie. Très affectueux, il chérissait sa mère qui, de son côté, l’aimait tendrement. De cela je lui portais secrètement envie. Sans doute ma chère marraine était très bonne pour moi, elle s’efforçait de remplacer la mère que j’avais perdue, mais je sentais bien que ce n’était pas la même chose.
Des années de notre petite enfance, je n’ai gardé que des souvenirs assez vagues et je n’en puis dire grand’chose. Nous entrâmes, Daniel et moi, en même temps au collège et nous peinâmes côte à côte pour nous fourrer dans la tête le catéchisme d’Heidelberg, force déclinaisons et conjugaisons latines et beaucoup d’autres choses que j’ai oubliées depuis longtemps et qui ne servent guère au vigneron que je suis devenu.
N’ayant aucun goût pour l’étude, j’ai toujours traîné à la queue de ma classe, tandis que Davel, grâce à son application et à sa persévérance, s’élevait chaque année de quelques rangs. Une année même, il mérita le prix de diligence.
De ce temps de notre jeunesse, pourtant, un souvenir m’est resté très vivant. Le voici, car il montre ce qu’était la nature de mon ami. J’avais environ douze ans. Je dormais très paisiblement, lorsque je fus réveillé en sursaut. La grosse cloche de la cathédrale sonnait le tocsin et il y avait grande rumeur dans la rue. Je sautai à bas de mon lit et courus à la fenêtre. Le ciel était tout rouge et les gens qui montaient la rue en courant tenaient tous à la main leurs seaux à incendie pour aller faire la chaîne.
Mon oncle Penneveyre entra très agité dan ma chambre : « Louis, habille-toi vite, la maison Crépin, qui jouxte la cathédrale, est en feu. Il faut y aller. » En un tour de main je fus habillé, et, prenant aussi nos seaux, toujours accrochés derrière la porte de la cuisine, nous nous mêlâmes à la foule. En passant, je vis Daniel à sa fenêtre : « Hé ! Daniel, lui criai-je, viens avec nous. – Je ne peux pas, me répondit-il, ma mère est sortie avec la servante et elles m’ont enfermé, en emportant la clef ».
Je rejoignis mon oncle et nous reprîmes notre course. Deux heures plus tard, le feu était éteint et tout danger écarté. Comme nous redescendions la rue, je vis un rassemblement devant la porte des Davel ; les gens causaient avec animation. Quelqu’un disait : « Est-il mort ? » Je courus voir : les enfants sont friands de spectacles. Je trouvais Mme Davel tenant dans ses bras Daniel évanoui. Ayant probablement voulu nous rejoindre, il avait sauté par la fenêtre et bien qu’elle ne fût pas très haute, s’était à moitié assommé sur le pavé. Sa mère l’avait trouvé là, étendu, lorsqu’elle était rentrée.
Cette rude chute n’eut pourtant aucune suite fâcheuse. Quelques jours de lit et il n’y parut plus. Ayant été voir mon ami, dès le lendemain, il me dit gravement : « Dieu m‘a préservé ; la main de ses anges m’a porté ! » Je ne répliquai rien, car mon ami, très pieux, ne permettait pas que l’on plaisantât sur les choses de la religion ; mais, à part moi, je songeai que les anges étaient des soutiens peu sûrs.
A suivre...
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