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Site consacré à l'histoire de la Suisse. Curiosités suisses.

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La Vie du Major Davel par Maurice Constançon (9)

Guerre de Villmergen.
 
Davel avait à peine repris pied chez lui qu’il dut repartir pour la guerre, mais cette fois ce n’était plus pour aller se battre en pays lointain. Au printemps de 1711, il y eut grande querelle entre cantons protestants et les cantons catholiques à propos du Toggenbourg. De quel côté était le bon droit, je n’en ai, ma foi, jamais rien su. La querelle s’envenima, les passions religieuses se mêlèrent aux questions d’intérêt, ce qui n’était pas fait pour arranger les affaires. La guerre fut déclarée : Suisses contre Suisses.
Les Bernois levèrent toutes leurs troupes et notre contingent de Lavaux dut partir aussi pour soutenir une querelle qui ne nous concernait pas. Il me fallut, moi comme les autres, reprendre l’uniforme ; je remplissais les fonctions de sergent. Quand j’avais accepté ces fonctions dans nos milices, je croyais que je n’aurais à paraître qu’aux revues et aux inspections ; que c’en était fini pour moi des batailles. Quand on a femme et enfants, la guerre vous apparaît toute autre que lorsqu’on est garçon. Mais un soldat n’a pas à discuter, il doit obéir !
Je me rendis chez Davel pour lui faire mes adieux, et je le trouvai en train d’examiner ses uniformes. « Comment, lui dis-je, tu pars aussi ! Je croyais que tu en avais assez de la vie militaire et de la guerre. – Je ne puis faire autrement, me dit-il, notre ancien général de Sacconay, qui commande en second les troupes bernoises, me mande auprès de lui. Je ne puis me dérober à son appel. – C’est dur pour nous de devoir aller nous battre pour ces Bernois qui n’ont que mépris à l’égard de nous autres Vaudois. – Eh bien, ils apprendront à nous apprécier. Pour ma part, je tiens à montrer de la bonne volonté à l’égard de ces Messieurs de Berne, cela les inclinera peut-être à oublier cette vieille affaire d’enrôlement qui m’a fait plus de tort que je ne croyais. Si seulement ils pouvaient me restituer la grosse amende que j’ai dû leur payer ! – Quelle troupe commanderas-tu ? – Pour le moment, je dois prendre le commandement de la compagnie de Villette. – La mienne, voilà donc que tu seras de nouveau mon capitaine. – En passant à Lausanne, je dois prendre l’artillerie de la région, que le bailli me charge de conduire à Payerne, où est le gros de nos troupes. Salue amicalement ta femme de ma part, je n’aurais pas le temps d’aller chez vous prendre congé. »
Et voilà comment il se fit que deux jours plus tard notre compagnie, après avoir défilé dans les rues de Lausanne, se rendit à Payerne, où nous attendait le général. Notre troupe était fière d’avoir à sa tête un chef expérimenté, en qui elle pouvait avoir pleine confiance. Quant à Davel, il éprouva là une déconvenue à laquelle il fut sensible. Le général avait voulu le faire nommer major ; mais ces Messieurs de Berne, qui ont la rancune tenace, n’avaient rien oublié de ce qui s’était passé onze ans auparavant : Davel leur était suspect. De Sacconay essuya un refus. Il en fut très mortifié mais revint à la charge, espérant que l’on aurait égard à sa recommandation. Tout ce qu’il obtint, ce fut de pouvoir prendre Davel comme aide-de-camp.
Je ne me propose point de raconter ici ce que fut cette campagne, ni d’entrer dans le détail des opérations militaires. Un simple sergent comme moi, ne voit guère que ce qui se passe immédiatement autour de lui. Je ne parlerai que des choses auxquelles Davel fut mêlé et dont je fus le témoin.
A suivre...
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