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Site consacré à l'histoire de la Suisse. Curiosités suisses.

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La Vie du Major Davel par Maurice Constançon (13)

L’entreprise de Davel
 
Nous voici arrivés maintenant à l’année 1723, qui fut la dernière de mon très cher ami Davel. C’est le cœur serré que je vais retracer les événements terribles qui vont suivre. Dès le début de l’année, je sentis que Davel était en proie à de graves préoccupations. Lui si volontiers causeur, qui aimait la société où il se montrait enjoué et aimable, se renferma chez lui. On ne le vit presque plus, il paraissait angoissé et soucieux. Ce ne pouvaient être des questions d’argent qui le tourmentaient, car les émoluments de sa place de major l’avaient mis à son aise. Ce n’était point non plus des affaires de familles. Davel vivait en paix avec sa nièce, et son neveu Sylvestre, un brave et estimable jeune homme, ne lui donnait que des sujets de satisfaction. Je lui demandai un jour s’il était malade. « Non, me dit-il, mais j’ai de grandes préoccupations et je ne vois pas mon chemin. – Eh bien ! Ouvre-t-en à moi, je ne pourrai peut-être pas te conseiller, mais je partagerai ta peine et cela soulagera ton cœur. – Non, cher ami, nul ne peut m’aider, c’est affaire entre Dieu et moi. » Je ne pus savoir quel était la cause de son tourment. Ah ! si seulement il m’avait parlé !
Je sus aussi par sa nièce, qui s’en inquiétait, que, retiré dans sa chambre, il écrivait beaucoup et que, jusque très tard dans la nuit, il se promenait de long en large comme une âme en peine priant à haute voix avec angoisse. Elle n’avait pu comprendre ce qu’il disait.
Enfin, un jour, on eût dit que, sa décision étant prise, il recouvra son calme et sa sérénité habituels. Je retrouvais mon ami Davel ! Comme je lui en exprimais ma satisfaction, il me dit seulement : « Tout va bien. Dieu a décidé ! » Quoi ? Il ne me le dit point.
Il sembla mettre plus d’ardeur que jamais à ses occupations militaires, multipliant les visites et les inspections, comme si nous étions à la veille de quelque guerre. Je le trouvai un jour assis sur un mur de vigne au-dessus de Cully. Il regardait le paysage, le beau lac tout bleu dans lequel se reflétaient les montagnes de la Savoie, encore couvertes de neige. « Quelle est belle notre patrie terrestre, me dit-il. Pourquoi faut-il qu’elle soit si malheureuse ! » Comme je le regardais avec un peu de surprise, il continua : « Mais oui, les habitants d’un pays aussi favorisé que le nôtre, devraient tous être dans l’aisance. – Sans doute, lui dis-je, on pourrait y vivre avec moins de peines et de tourments ; mais à qui la faute ? – Cela, tu le sais aussi bien que moi ; elle en est à ceux qui nous gouvernent. Le paysan se tue à la peine, mais le plus clair de ce qu’il gagne n’est pas pour lui ; les dîmes, les cens, tous les impôts dont il est accablé ne lui laissent que la misère pour partage. Le Bernois s’enrichit de nos dépouilles. Si du moins une partie de cet argent que l’on soutire au peuple était employé à entretenir de bonnes écoles, à relever nos temples qui tombent en ruines ! Mais, - et sa voix se fit plus forte et son accent plus solennel – tout cela changera, car cela ne peut durer ainsi. Dieu ne le permettra pas ! »
- Mais qui se chargera de rogner les serres de tous ces oiseaux de proie qui nous pillent, dis-je avec un soupir découragé. – Ah ! Mon pauvre Louis, tu parles comme le faisaient les enfants d’Israël quand ils étaient opprimés par les Madianites. Dieu ne leur suscita-t-il pas alors un libérateur, Gédéon, qui les délivra de la main de leurs ennemis. – Hélas ! le temps des miracles est passé. Où est-il le Gédéon qui nous libérera ? – Quand Dieu le voudra, il fera paraître l’homme nécessaire. Dieu est le même aujourd’hui qu’aux temps d’Israël. » Je secouai la tête et m’en fus travailler à ma vigne.
A suivre...
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