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Le père de l’archéologie suisse
Un homme hors du commun !
Cette homme, à sa mort, s’appelait Cheik Ibrahim ; il portait le titre hautement considéré en Orient de « hadji* » et fut enterré au cimetière musulman du Caire avec tous les honneurs dus à un grand de l’Islam. Mais lorsqu’il naît à Lausanne, le 24 novembre 1784, il se nomme Johann Ludwig Burchardt, et appartient à une vieille famille de patriciens et d’érudits bâlois. Il étudie à Leipzig, à Göttingen et à Londres les sciences naturelles et l’arabe pour se rendre en Afrique, chargé de mission par la Société africaine britannique. En février 1809 il s’embarque à Malte, revêt le costume oriental et se rend d’abord à Alep, porteur de dépêches de la Compagnie des Indes orientales. Il passe plus de trois années en Syrie, dont un certain temps à Alep, sous un déguisement de marchand, puis à Damas ; il se plonge dans l’histoire, la géographie et l’étude de l’arabe, parcourt le Liban, l’Haoûran et la Jordanie orientale. Du Caire, où l’aimable Mohammed Ali le pourvoit de nombreuses recommandations, il se rend en Nubie, puis, bon gré mal gré, de Berber sur le Nil, gagne Souakin et enfin Djedda, de l’autre côté de la mer Rouge où l’attire le voisinage de la Mecque.
Jamais, infidèle, il n’aurait eu la possibilité de pénétrer dans la ville sainte. Il se soumet alors, en présence de deux érudit arabes, à un examen approfondi sur la religion et la loi du prophète et fait montre dans ce domaine d’une si parfaite compétence qu’il est autorisé non seulement à visiter La Mecque mais à séjourner pendant quatre mois dans la ville interdite et à se rendre en pèlerinage au mont Arafat. En 1815, il voit Médine. En 1816, tandis que la peste dévaste Le Caire, il explore la péninsule du Sinaï. La mort le surprend le 7 octobre 1817 au Caire où il attend une caravane pour continuer son voyage tout en poursuivant ses annotations et ses études. La Société géographique de Londres a rassemblé et publié un certain nombre de comptes rendus d’un intérêt exceptionnel qui se distinguent par la simplicité du récit, par la vérité et la précision des faits et par une incroyable abondance d’observations les plus précieuses.
Et les Hittites ? C’est sans même s’en douter, disions-nous, et réellement « en passant » qu’il les découvrit.
Au cours de ses voyages, il avait visité le bazar de la ville syrienne de Hama, l’Amath biblique, la future Epiphanie sur l’Oronte, et y avait remarqué une pierre couverte de petites figures et signes bizarres, sortes de hiéroglyphes qui toutefois différaient foncièrement des caractères égyptiens.
Cette remarque se trouve à la page 146 de ses Travels in Syria and the Holy Land publiés cinq ans après sa mort et dont la version allemande en deux volumes parut, deux ans plus tard, à Weimar. On comprend aisément qu’au milieu de la profusion des documents géographiques, historiques, philologiques et archéologiques légués par Burckhardt, cette découverte n’éveillât pas particulièrement l’attention. Burckhardt lui-même, loin de mesurer son importance et sa portée, ne lui avait pas consacré plus de quelques lignes.
* Titre réservé au musulman qui a fait le pèlerinage de La Mecque et de Médine.
Ernst Doblhofer Le Déchiffrement des Écritures, éditions Arthaud, 1959
http://www.archeoplus.ch/fr/cadres-fr.htm
Johann Ludwig Burchardt est plus connu du public pour être le découvreur de Pétra http://fr.wikipedia.org/wiki/P%C3%A9tra Burckhardt découvrira Abou Simbel, alors ensablé, en 1813. Le site archéologique sera peint par David Roberts, qui visitera les lieux 25 ans plus tard.