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Le 9 au matin, Goethe écrit deux mots à Mme de Stein : « Je puis encore vous souhaiter le bonjour avant notre départ. Le prince et moi, nous allons prendre à gauche dans la montagne et monter aux bains de Loèche… », avec un guide, comme c’était l’usage. Le même soir, il était à Loèche-les-Bains, d’où il date une longue lettre à sa correspondante, retraçant les péripéties de ce voyage et de son bref séjour.
« Dans une petite maison de planches (Loèche-les-Bains), où nous avons été reçus de la manière la plus amicale par de très-braves gens, nous occupons une chambre étroite et basse, et je veux voir ce qu’il me sera possible de vous dire de la course très-intéressante que nous avons faite aujourd’hui. De Sierre, nous avons gravi pendant trois heures la montagne, après avoir observé en chemin les grands ravages des eaux… Un torrent grossi subitement entraîne tout sur un espace de plusieurs lieues, couvre de pierres et de graviers les champs et les jardins que les gens rétablissent ensuite peu à peu, é force de peine, si toutefois la chose est possible, et qui peut-être, après une ou deux générations, sont de nouveau ensevelis. »
Il s’agit de la Sinièse, le petit torrent qui a creusé la profonde dépression entre Venthône et Miège, dont les débordements périodiques mettaient autrefois en péril les terrains de Glarey.
« Le temps, poursuit Goethe, est gris, avec des intervalles de soleil. On ne saurait décrire l’aspect varié que présente encore ici le Valais. À chaque instant, le paysage se replie et change. Tout paraît très rassemblé et très proche, et l’on est pourtant séparé par des ravins et des montagnes considérables. Jusqu’alors, nous’ avions eu presque toujours à notre droite la vallée ouverte, quand une belle perspective sur les montagnes s’offrit tout à coup à nos yeux. »
Après avoir traversé Salquenen et Varone, Goethe venait d’arriver au coude de la route, à son entrée dans la vallée de la Dala, et il avait devant les yeux les montagnes de Loèche. Cet ancien chemin, délaissé aujourd’hui, était la meilleure voie d’accès pour Loèche-les-Bains. On l’avait grandement amélioré vers le milieu du XVIIIe siècle, mais il ne laissait pas d’être par bouts raide et incommode. Par-là passaient les malades qui allaient aux bains, ou en revenaient. Ils y allaient à dos de mulet, ou utilisaient des chaises à porteurs. Dans la vallée, le chemin traverse une splendide paroi de rocher, d’une grande hauteur. C’étaient les galeries, endroit particulièrement scabreux qui avait le don d’émotionner les anciens voyageurs. Il passait plus haut que le chemin actuel, et offrait le désagrément d’une descente fort raide dans le vallon, avant la montée d’Inden.
Au coude du chemin, Goethe et le duc se reposèrent un instant auprès d’une croix de bois. « Nous vîmes, écrit-il, au bout du vert et beau pâturage qui s’avançait vers une gorge immense de rochers, le village d’Inden avec une église blanche… Au-dessus de la gorge s’élevaient encore des pâturages et des bois de sapins ; à gauche, les montagnes descendaient jusqu’à nous ; celles du côté droit prolongeaient aussi leurs arêtes au loin ; derrière ce village se dressait une grande paroi de rocher (au loin) ; en sorte que le petit village, avec son église blanche, était là comme le foyer de toutes ces masses et ces ravins convergents.
Le chemin qui mène à Inden est taillé dans la paroi de rocher qui ferme cet amphithéâtre à gauche en arrivant. ce chemin n'est point dangereux, mais il est d’un aspect effrayant ; il descend sur les assises d’une roche ardue séparée, à droite, de l’abîme, par une mauvaise planche. Un homme qui descendait en même temps que nous avec un mulet prenait, lorsqu’il arrivait aux endroits dangereux, sa bête par la queue, pour lui prêter secours, quand elle trouvait devant elle la descente trop rapide dans les rochers. Enfin, nous arrivâmes à Inden, et, comme notre guide était bien connu, nous obtînmes aisément d’une femme obligeante un bon verre de vin rouge et du pain, car, dans ce pays, il n’y a proprement point d’auberge. Ensuite, nous gravîmes, derrière Inden, le haut ravin, où nous voyons devant nous cette Gemmi dont on fait des descriptions si terribles, et, à ses pieds, les bains de Loèche, placés comme dans le creux de la main, au milieu d’autres montagnes hautes, inaccessibles et couvertes de neige. Il n’y a point d’auberge, mais toutes les maisons sont assez bien pourvues, à cause des nombreux baigneurs qui fréquentent ce lieu. »
L’hôtesse qui hébergea Goethe et le duc « était accouchée d’hier, et son mari, avec le secours d’une vieille mère et de sa servante, fait très bien les honneurs de la maison ».
GTell, Chateaubriand et Goethe en Valais