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Restauration
Les moulins se sont endormis, semble-t-il, à tout jamais, excepté dans la mémoire de quelques vieux Loclois, tandis que seuls deux ou trois érudits, tels que Zeltner, Jung, Faessler, en parlent dans leurs écrits.
Plusieurs personnes ont émis le désir de reconstituer ces moulins, notamment Me Zeltner, avocat au Locle, qui y songea peu après la fin de la guerre. En 1967, trois Loclois descendent même revoir les moulins, mais les travaux qu’un tel projet suscitait, de même que les moyens qu’il eût fallu y consacrer, retinrent les intéressés.
Cependant, le 21 juin 1973, six hommes sont fermement décidés à s’atteler à la lourde tâche de reconstituer les anciens moulins. Le 5 juillet déjà, nos six explorateurs pénètrent dans ce qui fut autrefois « Les moulins souterrains ». La grande caverne, toujours là, est encombrée de gravats, mais roues, meules et mécanismes ont disparu. Les puits, galeries et aqueducs sont colmatés par une boue épaisse et malodorante ; dans le puits principal, 6 mètres d’eau recouvrent une dizaine de mètres de boue. L’évacuation des eaux ne se fait plus.
Le travail auquel entendent se livrer chaque jeudi soir nos six meuniers paraît gigantesque. Ils ont choisi de vivre cette expérience extraordinaire en une équipe homogène non hiérarchisée, avec un seul mobile : ajouter aux richesses régionales une curiosité historique inestimable. Les diverses formations qu’ils ont suivies, comme les spécialisations de chacun, se rejoignent et se complètent admirablement dans la réalisation de leur objectif.
Avec l’accord de l’archéologue cantonal et celui du Conseil communal du Locle, les travaux démarrent avec pour mot d’ordre « le moins de publicité possible ». En effet, il était prématuré de dire par avance quelles seraient les chances de succès d’une telle entreprise. Dans une première phase, il s’est agi de dégager l’ancien emposieu des Abattoirs-Frontière du Col-des-Roches, par où toutes les eaux superficielles de la vallée du Locle s’étaient écoulées jusqu’en 1805, date du percement de la galerie de la Rançonnière. Une grille était mentionnée dans certains écrits, mais son emplacement étant inconnu des six chercheurs, il fallut la retrouver sous une quinzaine de mètres d’eau et de boue.
Ce fut le travail de toute la première année des sept « meuniers » car un nouveau compagnon s’était joint entre-temps au groupe. Enfin le 21 mai 1974, après plus de mille heures d’efforts pour évacuer plusieurs dizaines de m3 de boue, la fameuse grille d’un mètre cinquante de haut sur un mètre trente de large fut découverte par plus de quarante mètres de profondeur. La grille dégagée signifiait que l’entreprise pouvait continuer car les eaux s’écoulent depuis lors normalement dans le dernier canal d’évacuation.
Durant les cinq premières années d’un travail continu, le groupe s’est agrandi et il a passé à une quinzaine de membres qui se réunissent généralement une fois par semaine, assez souvent deux et parfois plusieurs fois par semaine, suivant les nécessités du moment. A ce jour la corporation des meuniers du Col-des-Roches totalise plus de 7000 heures de travail. [1979]
GTell, la Confrérie des Meuniers du Col-des-Roches