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22 septembre 2014 1 22 /09 /septembre /2014 15:55

 

 

   À Sion, Goethe descendit à l’auberge du Lion d’Or, la seule à l’époque. Il n’en est pas enchanté, ni de la ville, qu’il trouve laide et noire. Le sentiment des voyages qui ont visité Sion à cette époque n’est pas unanime. Quelques années avant Goethe, l’Anglais Coxe chante pouilles de l’aubergiste du Lion d’Or. Cette première « hostellerie » sédunoise datait du XVIIe siècle et avait été construite par la Bourgeoisie. Deux ou trois ans après Goethe, un autre voyageur juge Sion proprette et trouve l’auberge fort à son goût.

   La ville avait été rebâtie après l’incendie de 1722, et mieux bâtie qu’auparavant. La rue du Grand-Pont offrait en tout cas à Goethe, à la file sur la rive gauche de la Sionne, l’Auberge du Lion d’Or, l’Hôtel-de-Ville, d’un style vaguement florentin qui ne pouvait lui déplaire, et l’ancienne résidence des ambassadeurs français. Ces trois édifices ont un certain caractère, et n’auraient pas déparé une petite ville de province des hautes Allemagnes.

   Au désenchantement d’un bon repas rêvé dès le pont de Riddes, joignez la vue de quelques personnes affligées d’une infirmité bien connue. En voilà assez pour gâter « les impressions agréables que le paysage éveille ». fort heureusement, le grand poète n’insiste pas, et nous pouvons d’ailleurs faire la constatation que les écrivains illustres qui ont visité le Valais autrefois – Rousseau, Chateaubriand, Senancour, Jules Michelet, et. – ne parlent jamais des goitres et du crétinisme, auxquels d’ailleurs toutes les races humaines sont sujettes, et que l’on a observés sur tous les points du globe.

  Bref, peu contents de Sion, Goethe, le duc de Weimar et le ministre de Wedel décident de poursuivre le soir même, à pied, sur Sierre. Les chevaux, qui sont fourbus, et le reste des équipages, resterons dans la capitale, et rejoindront les voyageurs le lendemain. Les écuries du Lion d’Or se trouvaient à l’emplacement actuel du Casino.

   « Nous ne sommes partis de Sion, écrit Goethe, qu’à l’approche du soir et nous sommes arrivés ici (Sierre) de nuit par un beau ciel étoilé. Nous avons perdu, j’en suis sûr, quelques beaux points de vue. Nous avons surtout désiré de monter au château de Tourbillon, qui touche à la ville, et d’où la vue doit être très belle. Un guide que nous avons pris nous a conduits heureusement à travers quelques mauvaises places (entre Sion et St-Léonard), où l’eau avait débordé. Nous avons atteint promptement la hauteur, ayant toujours le Rhône à droite, au-dessous de nous. »

   À ce détail précis, nous reconnaissons la montée qui existait alors un peu en amont de St-Léonard. Par suite des érosions du Rhône, qui battait le pied du coteau, on avait dû détourner la route charrière ; elle montait vers la colline calcaire de Plâtrières, où l’on exploitait déjà du gypse, et redescendait un quart de lieue environ plus loin vers la plaine.

   « Nous avons abrégé le chemin, poursuit Goethe en parlant astronomie, et nous sommes descendus (au bourg de Sierre) chez de bonnes gens qui feront de leur mieux pour nous héberger. Quand on revient sur ce qui s’est passé, une journée comme celle-là semble, par la variété des objets, comme une semaine entière. Je commence d’être vivement peiné de n’avoir ni le temps ni le talent nécessaires pour esquisser, même par simple trait, les sites les plus remarquables : cela vaut toujours mieux pour les absents que toutes les descriptions. »

   L’auberge du Soleil, à Sierre, n’apparaît pas sous cette enseigne avant l’ouverture de la route du Simplon. Elle devint dans la suite l’auberge du Soleil d’Or. À l’époque de ce voyage, l’hospitalité, comme il arrivait fréquemment, était exercée par quelques bourgeois notables, dans maintes localités. Goethe passa donc à Sierre la nuit du 8 au 9 novembre, et il dut prendre conseil des bonnes gens qui l’hébergeaient car il modifia son itinéraire. Il résolut de faire un crochet par Loèche-les-Bains, ce qui n’était pas prévu. Mais les équipages restés à Sion ? C’est bien simple. De Wedel restera à Sierre pour les attendre, et conduire le reste de la caravane à la Souste de Loèche, par le bois de Finges, avec indication de s’y trouver le 10 novembre.

 

Vue-de-Sierre.jpg

 

GTell, Chateaubriand et Goethe en Valais.

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21 septembre 2014 7 21 /09 /septembre /2014 17:22

 

 

   Les couchers de soleil sur les Alpes avaient plus d’admirateurs autrefois que de nos jours. Les anciens manuels à l’usage du tourisme consacrent généralement un chapitre qu’ils intitulent : Illumination des Alpes, à ce beau spectacle observé fortuitement par Goethe sur la Dent de Morcles. Ils donnent des conseils pour en jouir pleinement : choisir si possible un point de vue étendu ; profiter des soirées où le ciel est parfaitement clair. Encore, est-il assez rare que l’atmosphère réunisse toutes les circonstances pour que le spectacle se produise dans toute sa magnificence. Ce spectacle bien connu dans l’Oberland portait le nom caractéristique d’Alpenglühen et a été chanté où le phénomène éclatait, des sons du cor des Alpes ne manquaient pas de retentir quelque part dans la montagne, et, la scène passée, les touristes regagnaient l’auberge du Faulhorn, fort bien disposés à faire honneur à l’excellent repas du soir.

   Le 8 novembre, le groupe quitte Martigny avant le jour, et devait arriver à Sion un peu après quinze heures. La chaussée était bonne ; à l’époque, elle passait par le Guercet et le village de Charrat, et côtoyait en général le pied du mont. la plaine était à peu près livrée aux ébats du Rhône, dont les bras enserraient des îlots semés d’aulnes, de saules et de bouleaux. On comptait deux lieues et trois-quarts de Martigny à Riddes, et Goethe ne se trompe guère en évaluant ce trajet à trois lieues. Le poète et le duc allaient à cheval. « Le temps, écrit Goethe, était d’une beauté extraordinaire, seulement, le soleil passant trop bas, les montagnes l’empêchaient d’éclairer notre chemin. L’aspect de cette vallée merveilleusement belle éveillait de bonnes et joyeuses pensées. Nous avions déjà fait trois lieues, ayant le Rhône à la main gauche ; nous voyions Sion devant nous, songeant avec plaisir au dîner que nous allions bientôt commander… »

   Au pont de Riddes, ce fut une autre affaire. Il était rompu par les inondations. Des ouvriers qui y travaillaient leur donnent un double conseil : prendre « un petit sentier qui passait au pied des rochers » entre Riddes et Bieudron, ce qui aurait amené la caravane dans la région d’Aproz. Conseil donné en pure perte, puisqu’il n’y avait pas de pont sur le Rhône alors en face de Châteauneuf, mais un petit bac qu’utilisaient les Nendards pour aller à leurs vignes de Vétroz-Conthey… Ou rebrousser chemin. C’est ce qu’ils firent et, écrit Goethe, nous « ne nous laissâmes point aller à la mauvaise humeur : au contraire, nous fîmes honneur de l’accident au bon génie qui voulait nous promener par le plus beau jour, dans une contrée intéressante. Le Rhône fait de fâcheux dégâts dans ce pays étroit ». ils chevauchèrent pendant une lieue et demie ; la plaine a un aspect de désolation ; les grèves sablonneuses ne sont bonnes « qu’à produire des aulnes et des saules ».

   La distance indiquée les amène incontestablement au pont de Fully, un méchant pont de bois. « Nous dûmes y faire passer un par un nos chevaux, non sans inquiétude. Ensuite, nous continuâmes notre marche sur Sion par le côté gauche de la vallée. Le chemin était le plus souvent mauvais et pierreux, mais chaque pas nous offrait un paysage digne du pinceau. Il nous conduisit entre autres à un château élevé (Saillon), d’où l’on avait sous les yeux une des plus belles vues que j’aie rencontrées dans tout mon voyage. Les montagnes les plus proches s’enfonçaient des deux parts dans la terre avec leurs assises, et, par leurs formes, reproduisaient en quelque sorte la perspective du paysage. La largeur entière du Valais, de montagne à montagne, s’étalait sous nos yeux, et le regard l’embrassait commodément ; le Rhône… passait devant les villages, les prairies et les collines cultivées ; on voyait dans l’éloignement le château de Sion et les diverses collines… ; le dernier plan était fermé, comme un amphithéâtre, par une chaîne de montagnes blanches, illuminées comme tout le reste du tableau, par le soleil de midi. Autant la route que nous devions suivre était pierreuse et désagréable, autant nous trouvions charmantes les treilles, encore assez vertes, qui la couvraient. Les habitants, pour qui chaque petit coin de terre est précieux, plantent leurs ceps tout contre les murs qui séparent du chemin les propriétés ; ces ceps parviennent à une hauteur extraordinaire et sont amenés au-dessus du chemin au moyen de pieux et de lattes, en sorte qu’ils présentent l’apparence d’une treille continue. Le bas de la vallée consistait principalement en herbages ; mais en avançant vers Sion, nous trouvâmes aussi quelque agriculture. Aux approches de cette ville, une suite de collines donne au paysage une variété extraordinaire, et l’on souhaite pouvoir s’arrêter pour en jouir plus longtemps… »

 

 

GTell, Chateaubiand et Goethe en Valais.

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20 septembre 2014 6 20 /09 /septembre /2014 15:47

 

   Nous voici à la cascade, la grande attraction de la route. Le nom est ignoble, la chose ne l’est pas, note Bordier en 1772. Il pourrait être intéressant de recueillir tout ce qui a été écrit sur la Pissevache, depuis les temps lointains où les voyageurs émerveillés lui octroyaient généreusement une hauteur de 800 pieds, et assuraient que les petites truites remontaient cette masse d’eau, jusqu’aux épanchements romantiques. Goethe s’en approcha tout près, pour mieux jouir du spectacle. Sa renommée ne lui paraît pas usurpée. « Assez élevée, elle lance d’une crevasse de rocher une masse d’eau fumante dans un bassin où elle se brise et se disperse au vent en écume et en poussière. Le soleil parut et rendit le spectacle doublement animé. En bas, dans la poussière humide, on observe çà et là un arc-en-ciel, à mesure qu’on marche, tout près devant soi. Si l’on s’élève davantage, on jouit encore d’un plus beau phénomène : quand les flots rapides, écumants, du jet supérieur touchent dans leur passage tumultueux les lignes où l’arc-en-ciel se forme pour notre œil, ils s’embrasent et se colorent, sans que l’on voie paraître la figure continue d’un arc, et, à cette place, brille une flamme changeante, qui passe et revient sans cesse. Nous grimpâmes tout auprès, nous nous assîmes à côté, et nous désirâmes de pouvoir passer à cette place des heures et des jours. Cette fois encore, comme bien souvent dans ce voyage, nous comprîmes qu’on ne peut sentir et goûter les grandes choses en passant. »

   Ils gagnèrent ensuite un hameau – Miéville ou la Barmaz -. Une troupe de joyeux soldats y campaient, qui semblent avoir fait ample connaissance avec le Lamarque* ou le Coquempey** de l’année. Les deux illustres voyageurs y burent aussi un verre de vin nouveau, et qui n’était pas encore éclairci. « On dirait, à le voir, écrit Goethe, de l’eau de savon, mais je le bois plus volontiers que leur vin (le nôtre) acide d’un an et de deux ans. Quand on a soif, on se trouve bien de tout. » il avait également pris du nouveau la veille, à la Grand’Maison.

 

* et ** Vins de Martigny.

 

    La cluse de Saint-Maurice, par le resserrement extrême des montagnes, le frappe comme elle a frappé bien d’autres voyageurs. Il est intrigué aussi par l’ermitage du Scex, agrippé à son rocher, el il forma le projet d’y monter. Puis, pendant que le duc allait se promener en direction du pont, à la rencontre de ses équipages partis de Bex, « et pour voir la pays plus avant », Goethe se décida à casser la croûte, avant de continuer. Où s’arrêta-t-il pour manger sur le pouce ? Il est difficile de le savoir. Les voyageurs du XVIIIe siècle sont fort avares de renseignements sur les auberges. En 1805, nous trouvons à St-Maurice, la Croix-Blanche et l’auberge de l’Hôtel de Ville, de réputation déjà bien assise. L’archéologue et voyageur Cambry, en 1788, cite l’auberge de l’Ourse, où il logea et dont la fenêtre s’ouvrait sur une belle perspective. La ville passait pour assez bien bâtie ; quant à la rue principale, fort longue, « un ruisseau d’eau vive, plus gros que celui de la grande rue de Berne, écrit Bordier en 1772, l’arrose dans toute sa longueur et court dans un large canal de marbre ». En réalité, ce canal était formé de dalles d’un beau calcaire.

   Goethe est content de la bourgade où, dit-il, « on pourrait rester assis des jours entiers, dessiner, se promener et, sans être las, s’entretenir avec soi-même. Si j’avais à conseiller quelqu’un sur la manière de se rendre en Valais, je lui dirais de commencer par là. » Il s’achemine à son tour vers le pont « étroit, léger, d’une seule arche, jetée hardiment » et monte même sur un monticule, en face (Chiètre), pour jouir de la vue, et du pittoresque du château. Il revient au bourg, suivi bientôt par le duc qui avait rencontré ses équipages sur la route de Bex, et pris les devants, monté cette fois sur son cheval brun. Luis aussi avait admiré le pont. Il est beau, dit-il à Goethe, « et d’une construction si légère qu’il donne l’idée d’un cheval franchissant un fossé ». Bientôt, de Wedel et les équipages les rejoignent à Saint-Maurice. La caravane est maintenant au complet et rentre en partie de nuit à Martigny, où elle arrive vers 21 heures. Le même soir, Goethe écrit à Mme de Stein : « Nous sommes revenus à cheval, et le chemin nous a paru plus long au retour que le matin, où nous étions attirés d’un objet à l’autre. Et puis, je me sens tout à fait rassasié pour aujourd’hui de réflexions et de descriptions ; cependant, en voici deux belles, que je veux encore fixer bien vite dans le souvenir. Nous avons passé devant la Pissevache, le crépuscule étant déjà très avancé. Les montagnes, la vallée et même le ciel étaient obscurs et sombres. La cascade grisâtre, tombant avec un sourd murmure, se distinguait de tous les autres objets ; on n’apercevait presque aucun mouvement. L’obscurité était devenue toujours plus grande ; tout à coup, nous vîmes la crête d’une très haute montagne embrasée comme le bronze fondu dans le fourneau, et une rouge vapeur qui s’en exhalait. Ce phénomène étrange était produit par le soleil du soir éclairant la neige et le brouillard qui s’élevait de sa surface. »

 

GTell, Chateaubriand et Goethe en Valais

 

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19 septembre 2014 5 19 /09 /septembre /2014 16:54

 

   Goethe et le duc de Weimar étaient descendus, à Martigny, à l’auberge de la Grand’Maison, un ancien couvent de Bénédictins transformé en hôtellerie. À peine arrivés, ils firent ce que faisaient généralement les voyageurs fatigués, sur la recommandation de leurs guides. Ils prirent un bain de pied dans du vin rouge mêlé de son. Rien de tel pour délasser et redonner du nerf. Bien d’autres remèdes avaient cours, et l’on peut dire que les pieds des voyageurs d’autrefois ont passé par d’imprévues médications. Ainsi, au début du XIXe siècle, un voyageur anglais, sur le conseil de son guide, s’était fait casser des œufs frais dans ses brodequins pour se prémunir des ampoules et franchir plus allègrement le raboteux passage de la Tête-Noire. Voici ce qu’écrit Goethe sur ce bain :

   « Nous remarquons dans cette auberge une servante qui, avec une grande stupidité, a toutes les manières d’une sentimentale demoiselle allemande. Ce furent de gros rires lorsqu’elle nous vit, sur le conseil de notre guide, baigner dans du vin rouge mêlé de son nos pieds fatigués, et que nous les fîmes essuyer par cette agréable personne. »

   Et il constate que le souper de la Grand’Maison ne l’a pas fort bien restauré, mais il espère se régaler mieux de sommeil. En fait, les voyageurs du temps sont à peu près unanimes à reconnaître que la Grand’Maison était abondamment pourvue de vivres, mais assez démunie de meubles, surtout de bons lits. Les menus d’auberge passaient pour généreux, un peu partout en Suisse, jusque dans les simples bourgades. Il était courant d’avoir aux tables d’hôtes des repas qui nous font regretter une époque disparue, et qu’on ne trouve plus que dans de vieux bouquins. Celui-ci, par exemple : 1) potage ; 2) bouilli, côtelette sur de la choucroute, avec pieds de veau ; 3) truite ; 4) pigeon et langue en ragoût ; 5) poulet lardé, rôti de veau, salade ; 6) dessert, une bouteille de bon vin.

   L’affluence des touristes était déjà considérable à la Grand’Maison en 1779. Il arrivait que l’amphitryon ne puisse loger tout son monde. Aussi certains voyageurs étaient-ils prudents. Mme de Laborde, plus tard duchesse de Rohan-Chabot, femme du fermier général, fit avec son mari le voyage de Martigny à Chamonix en 1781. Son auguste époux avait eu la précaution de faire apporter draps et couvertures, grâce auxquels la dame passa à la Grand’Maison une excellente nuit. Mais les Messieurs durent aller coucher sur la paille, se servant de leurs redingotes comme traversins. [Voyage en Suisse de Mme Roland.] La nuit, pour Goethe, fut bonne, et il était dispos pour la course du lendemain, qui devait l’amener, avec le duc, à St-Maurice, le 7 novembre, vers midi.

   « En voyage, écrit-il à Mme de Stein, ma manière de jouir des beaux paysages est d’évoquer tour à tour mes amis absents, et de m’entretenir avec eux de ces magnifiques objets. Si j’arrive dans une auberge, me reposer, me ressouvenir et vous décrire sont une seule et même chose, bien que parfois mon âme, trop exaltée, aimât mieux se recueillir en elle-même…

   « Nous sommes partis ce matin de Martigny à l’aube ; un vent frais du nord s’est levé avec le jour ; nous avons passé devant un vieux château qui s’élève au point où les deux bras du Valais forment un Y (Entremont, Sion, St-Maurice). La vallée est étroite et fermée de part et d’autre par des montagnes de formes variées, qui sont, dans l’ensemble, d’un caractère particulier, à la fois gracieux et sublime. Nous arrivâmes où le Trient pénètre dans la Vallée… »

   Cette gorge du Trient impressionnait les voyageurs ; le bon Bourrit, dans un tableau un peu poussé, trouve ces parois à pic « aussi noires que les marbres d’un tombeau ». Goethe se demande si le torrent qui débouche par cette étroite ouverture encadrée de roches verticales « ne sort pas de dessous la montagne ». Il remarque encore l’ancien pont sur le Trient, « rompu, dit-il, l’an passé par la rivière, et non loin de là, des roches énormes tombés récemment de la montagne », qui avaient en partie obstrué la route. L’année 1778 fut fertile en inondations et les traces s’en voyaient encore un peu partout en Valais. Le vieux pont de pierre sur le Trient venait d’être à moitié emporté et il avait été remplacé par un pont de bois. Au demeurant, ce fut une occasion de faire mieux, de progrès, car l’ancien pont, ridiculement étroit, était au surplus placé de guingois et en rébellion ouverte avec l’axe de la route, ce qui excitait les remarques amusées des voyageurs.

 

Martigny-vers-1877.jpg

 

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18 septembre 2014 4 18 /09 /septembre /2014 16:02

 

 

   Goethe très précis, note la constitution géologique du sol. Tout au long de son voyage, il s’intéressera aux problèmes géologiques et minéralogiques que posent nos montagnes. « Nous descendîmes par un très sauvage et très rude sentier, à travers une antique forêt de sapins, qui avait pris racine dans le plateau de gneiss. Renversées par le vent, les unes sur les autres, les souches pourrissaient sur place avec leurs racines, et les roches, rompues en même temps, gisaient pêle-mêle en blocs sauvages. Nous parvînmes enfin dans la vallée où le Trient s’élance d’un glacier ; nous laissâmes, tout près de nous, le petit village de Trient à notre droite (?) – il est à gauche -, et nous longeâmes la vallée par un chemin assez incommode : enfin, vers six heures, nous sommes arrivés dans la plaine du Valais, à Martigny, où nous voulons prendre du repos pour de nouvelles entreprises. »

 

À l’époque de ce voyage, et nous puisons ce détail dans de Saussure, une partie de la petite plaine du Trient venait d’être rendue à la culture. On y avait brûlé des boqueteaux et défriché le sol pour planter des avoines. Mais, par une négligence blâmable, on avait laissé subsister une bonne partie des troncs, lesquels, à demi brûlés, s’élevaient au-dessus des moissons, avec « un air de ruine et de désolation ». il est à croire que ces vestiges avaient disparu quand Goethe traversa la petite plaine, l’année suivante, il est vrai à une saison où les moissons étaient engrangées. En outre, la redoute du col de la Forclaz était encore munie d’une porte, assez vermoulue, et tout le système de défense, abandonné et sans garde, tombait littéralement en ruine.

 

   Le sentier, certes, n’était pas agréable, et des voyageurs du temps lui trouvent plutôt l’aspect d’une « ravine » que d’un sentier, à cause des galets qui le tapissaient. Cependant, John Moore, en 1774, nous assure que la descente de la Forclaz est un délassement, après les sentiers exécrables de Savoie. – Cette descente avait l’agrément de se faire à peu près toujours à l’ombre, aux sapins du voisinage du col succédant des hêtres, puis des poiriers de grande taille, des châtaigniers et des noyers magnifiques, vantés par des générations de touristes. Des jardins et de beaux vergers séparaient la Ville du Bourg.

 

   Le même soir, Goethe écrivait à Mme de Stein : « … Nous sommes arrivés de nuit dans un pays qui, depuis toujours, excite notre curiosité. Nous n’avons encore vu, à la lueur du crépuscule, que les sommets des montagnes qui ferment la vallée des deux côtés. Blottis dans notre auberge, nous regardons par la fenêtre passer des nuages… Parcourir le Valais nous offre une agréable perspective ; la question de savoir comment nous sortirons par le haut nous cause seule quelque souci. D’abord, il est résolu que nous irons demain, pour voir le Bas-Valais, jusqu’à Saint-Maurice par le pays de Vaud avec nos montures. Nous pensons être ici demain soir, et après-demain nous remonterons la vallée… »

 

   Goethe n’avait pas de plan de voyage bien arrêté. À Genève, H.-B. de Saussure lui avait conseillé de sortir par la Furka. Son idée était aussi d’aller à cheval à Brigue, puis de parcourir à pied la vallée de Conches jusqu’au glacier du Rhône, de revenir ensuite à Brigue et de remonter au Simplon pour gagner les îles Borromées, visiter le Tessin et traverser le Saint-Gothard. Ce détour, examiné à l’auberge de Martigny, reste à l’état de vague projet, et Goethe lui préfère la voie plus directe de la Furka, pour gagner la Suisse centrale. Mais que faire des chevaux ? La question le préoccupe, car il faudra, quoi qu’il en soit, les renvoyer dès Brigue. Et puis, le chemin de la Furka est peut-être déjà fermé aux piétons eux-mêmes, par suite de la neige ? Bref, pour la sortie du Valais, on prendra conseil des circonstances.

 

Pissevache.jpg

 

 

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17 septembre 2014 3 17 /09 /septembre /2014 16:06

 

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Pont sur le Rhône à Saint-Maurice

 

   Le 3 novembre, Goethe et le duc, accompagné d’un seul guide, se mirent en route par le Faucigny. Le ministre de Wedel et les domestiques, ave les chevaux, prennent la côte suisse du lac. Le rendez-vous est fixé à St-Maurice. A cette époque, la route ne dépassait pas Sallanche, d’où partait un sentier assez fruste et raide, par bouts, pour atteindre le plateau de Chamonix. Quelques bagages sont chargés sur un mulet. Le voyage se fit dans le plus strict incognito et le plus simple appareil. Goethe et le duc, accompagnés du guide qui était un chasseur de chamois, quittent à pied le Prieuré, soit Chamonix, le 6 novembre à 9 h. Le trajet comportait une marche de 9 à 10 heures. Ils partent sans projet bien arrêté. Entreront ils en Valais par le col de Balme ou Vallorcine ? On verra. Le temps n’était pas très beau ; le ciel maussade devait bouder à peu près toute la semaine. « Les nuages en mouvement, écrit Goethe, tantôt laissaient paraître et tantôt cachaient les crêtes des montagnes ; parfois le soleil pouvait pénétrer obliquement dans la vallée, parfois la contrée était replongée dans l’ombre. »

   A Argentière, ils tinrent conseil, pour savoir s’ils prendraient le col de Balme ou le col des Montets. Le temps était décidément incertain. Mais, « comme nous n’avions rien à perdre, et que nous avions beaucoup à gagner, nous prîmes hardiment notre chemin vers la sombre région des brouillards et des nuages. » (Col de Balme.) Au village du Tour, les nuages se déchirèrent un moment et ils purent apercevoir le beau glacier de ce nom, en pleine lumière. Le spectacle était du plus bel effet, car ce glacier, à cette époque, poussait une large coulée jusqu’au milieu de la verdure des pâturages, et les glaces, ne charriant pas de débris morainiques, étaient d’une éclatante blancheur, ainsi que le remarque de Saussure. Ils firent halte au village, pour se restaurer et vider une bouteille de vin ; puis s’acheminèrent vers les sources de l’Arve.

   « Nous parvînmes enfin heureusement au col de Balme. L’aspect avait un caractère étrange. Le haut du ciel, par-dessus les crêtes des montagnes, était nuageux ; à nos pieds, nous voyions, à travers le brouillard, qui se déchirait quelquefois, la vallée entière de Chamouni… Devant nous s’étendait le Valais… où l’on pouvait voir un labyrinthe de montagnes qui s’élevaient les unes au-dessus des autres… Quelques contrebandiers gravissaient le passage avec leurs mulets, et ils eurent peur de nous, car ils ne s’attendaient pas à trouver alors du monde en ce lieu.  Ils tirèrent un coup de fusil comme pour nous dire : Vous voyez qu’ils sont chargés, et l’un d’eux s’avança à la découverte. Lorsqu’il eut reconnu notre guide et observé nos innocentes figures, les autres s’avancèrent à tour, et nous passâmes de part et d’autre, en nous souhaitant un bon voyage. Le vent était fort et il grésillait… »

   Le sentier qui traverse le Bois-Magnin, sur le versant valaisan du col de Balme, offrait des difficultés, par suite de l’enchevêtrement des racines des conifères. Le citoyen Cambry, embarrassé dans ces lieux quelques années plus tard, croit s’y trouver au milieu des « horreurs du chaos ». il n’y voit que sapins suspendus sur l’abîme, arbres renversés par les avalanches, amoncellements de rochers ; tout lui donne l’idée du désordre des éléments, de la mort, des destructions, qu’en sais-je ? Cependant, ce passage n’effrayait pas les mulets, et c’est un fait qu’il était praticable aux bêtes de somme. Les voyageurs, cependant, devaient descendre des montures, aux endroits où les racines des arbres traversaient le sentier, s’y étageant en marches d’escalier. Il s’y faisait depuis longtemps une contrebande active avec les Etats sardes et le détail n’est pas pour surprendre, en cette saison avancée.

 

 

 

GTell, Chateaubriand et Goethe en Valais.

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16 septembre 2014 2 16 /09 /septembre /2014 17:21

 

Goethe.jpg

 

   L’illustre écrivain a fait dans sa jeunesse deux voyages en Suisse. En 1775, il visita la Suisse centrale et la région du Gothard. Il serait monté jusqu’au col de la Furka, par la vallée d’Urseren, mais nous n’avons que deux lignes sur cette première rencontre avec notre canton, et le paysage entrevu du haut du col. Il note simplement « que ces scènes sublimes, incomparables de la nature, seront toujours présentes » à son esprit.

   Quatre ans plus tard, en automne de 1779, il devait entreprendre un vrai voyage d’exploration au Valais, en compagnie du duc Charles-Auguste de Weimar, qui venait de l’élever, à trente ans à peine, à la dignité de Conseiller intime. Le ministre de Wedel, grand maître des eaux et forêts, était également de la partie. En outre, trois laquais les accompagnaient, pour le service et les bagages. La relation précise et fidèle de ce voyage a paru sous forme de lettres à Mme de Stein. C’était alors la mode d’écrire sous forme de lettres, les récits de voyage ; les écrivains anglais du XVIIIe siècle qui visitent notre pays : John Moore, Coxe ; les Français Cambry, l’abbé de la Borde, etc., adoptent cette forme familière.

   Goethe arriva à Lausanne vers la fin d’octobre. Il excursionna dans la vallée de Joux et fit l’ascension de la dent de Vaulion le 25 octobre. Le 27, il descendait avec ses amis à l’Hôtel de la Balance à Genève. Le groupe forma le projet d’aller en Valais par Chamonix. Dans sa jeunesse, Goethe fut un passionné de Rousseau. La fameuse Lettre sur le Valais, dans la Nouvelle Héloïse, le détermina à visiter notre pays, rendu tout à coup célèbre par l’extraordinaire succès du roman et la génie de l’écrivain.

   Diodati, et quelques patriciens genevois consultés, déconseillèrent cette course, la saison leur paraissant trop avancée. C’était du reste, à cette époque, une assez grosse affaire que de traverser le Valais d’un bout à l’autre. Goethe s’en ouvrit à Horace-Bénédicte de Saussure, alors dans toute sa gloire de géologue et d’alpiniste. Le savant lui conseilla d’y aller sans tarder, la neige n’ayant pas encore fait son apparition sur les cols. La décision est prise, et Goethe écrit à Mme de Stein : « Nous sommes prêts à souffrir quelque chose, et puisqu’il est possible de monter au Brocken en décembre, il faudra bien qu’au début de novembre, ces portes de l’épouvante nous livrent passage ».

   Goethe avait la réputation d’un bon alpiniste, avant la lettre, on peut presque le dire, puisque nous sommes à l’aube des excursions en haute montagne. L’année précédente, il avait fait le Brocken, dans le Hartz, en plein hiver, malgré l’avis de gens qui déclaraient la chose impossible. Ce génie universel a ainsi une première hivernale à son actif, tout comme Dante, qui fut le premier à gravir le Prato al Saglio, dans l’Apennin, un sommet de 1500 mètres.

 

 

GTell, Chateaubriand et Goethe en Valais.

 

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15 septembre 2014 1 15 /09 /septembre /2014 17:18

 

 

Présentation du récit qui va suivre bientôt.

 

Chateaubriand et Goethe en Valais est tiré d’un livre paru en août 1944 aux éditions des Treize Etoiles à Sierre, écrit par Lucien Lathion.

 

Comme je vous ai déjà parlé des séjours de Chateaubriand, il reste à parler du grand homme qu’était Goethe.

 

À bientôt.

 

GTell

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12 septembre 2014 5 12 /09 /septembre /2014 15:54

 

 

Quel article dois-je trouver ?

 

Chercher dans les brocantes quelques ouvrages anciens sur la Suisse. Si possible avec des belles photos. Si ça m’intéresse, ça peut vous captiver aussi, peut-être.

Cela prend du temps.

 

GTell

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9 septembre 2014 2 09 /09 /septembre /2014 16:20

 

Carte-des-Chemins-de-Fer-de-la-Suisse.jpg

 

Toutes les stations répertoriées ici sont en rouge sur la carte. Remarquez l’absence de nombreuses stations Valaisannes qui aujourd’hui sont les plus en vues.

Il semble qu’au tournant du siècle, les hivers avaient plus de précipitations qui font que les stations ont un joli manteau blanc de belle épaisseur.

 

 

 

Près de Zweisimmen

 

Démonstration du savoir faire

 

 

 

Sans-titre-Hiver-a-la-montagne-jpg

 

Hiver à la montagne

 

GTell, CFF

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