Le témoignage ci-dessous est celui d’une femme meurtrie, certes, mais néanmoins elle était membre de cellule dite « terroriste », de gauche, à une époque où il n’était pas bon de l’être et probablement plus qu’aujourd’hui, car l’action était dirigée contre les membres dirigeantes de nos industries et politiques alors que le peuple n’était pas assez politisé ou renseigné afin de juger par eux-mêmes de la justesse des revendications. Les moyens utilisés à cette époque trouble, explosifs et armes à feu, n’étaient certes pas pour attirer la sympathie de tous. Il aurait probablement été plus simple d’utiliser d’autres moyens, moins radicaux pour obtenir les changements souhaités. Si le témoignage est publié ici, c’est que la Suisse a plié devant les justes récriminations de Petra Krause en vers le système carcéral suisse et même contre Kurt Furgler qui dans ces propos publics, condamnait déjà Petra Kraus avant même que celle-ci soit jugée par un tribunal.

Témoignage
Petra Krause – journal – caserne de police – Zurich 1975
Jeudi 20 mars 1975
Je venais de rencontrer une femme et nous traversions la rue en échangeant quelques mots ; j’allais en direction du bistrot. Nous étions à peine arrivées sur le trottoir d’en face lorsqu’un homme derrière moi souffla : « Madame Krause, Madame Krause ». Inconsciemment j’avais déjà compris, mais je continuais résolument à marcher au bras de l’autre femme. En même temps, venant de droite et de gauche, plusieurs types nous rattrapèrent, nous cernèrent et nous séparèrent ; nous ne pûmes que nous lancer un regard résigné.
Un type me saisit le bras par derrière, et pendant qu’il m’agitait je ne sais quel papier sous le nez, un autre type entreprit de me fouiller. Ensuite le flic de derrière me lâcha. Durant ces quelques secondes ou minutes je tenais à voir ce qui se passait pour l’autre femme. Elle aussi était entourée d’hommes et de femmes, tous en civil, qui l’entraînèrent dans une voiture. Partout où mon regard se portait, à droite et à gauche de la rue, il y avait des flics en civil : une vision à la Kafka. On m’enleva tout de suite mon sac à main et un sac de plastique plein de coupures de journaux sur les derniers événements italiens. Puis on m’entraîna dans une auto.
Le véhicule dans lequel l’autre femme se trouvait – escorté de deux voitures – était déjà hors de vue. J’étais moi-même dans une VW, serrée entre une inspectrice et un flic. Je regardais droit devant moi pour comprendre où nous allions. De chaque côté une paire d’yeux me fixait. La radio continuait à émettre. La course dura peut-être dix minutes. La voiture traversa une cour, puis un garage souterrain, puis encore une rue, et enfin arriva dans l’arrière cour fermée, (probablement l’entrée secrète du commissariat). Là, on me fit descendre. L’endroit était désert. Les flics ouvrirent le bâtiment. Je vis une pendule : 21 heures 45. – à suivre…