Quand j’eus fini mon temps de collège, dont je ne retirai pas le profit que j’aurais dû, mon père me reprit avec lui, dans notre maison de Cully. Entre temps, il s’était remarié et je trouvai chez nous une belle-mère avec laquelle je m’entendis mal. Non pas qu’elle fût méchante, mais elle était très autoritaire et voulait tout mener à sa guise. Mon père qui n’aimait pas les querelles cédait toujours, mais moi, j’avais la tête assez près du bonnet et ma résistance amena souvent des scènes pénibles.
Quant à Davel, sa mère l’avait envoyé dans les Allemagnes, du côté d’Interlaken, apprendre l’allemand. Il y resta à peu près deux ans, après quoi il revint à Lausanne et entra chez son oncle Vulliamoz, pour y apprendre l’état de notaire. Pendant qu’il était à Interlaken, sa mère était venue s’établir à Cully, pour veiller de plus près à l’administration de ses biens. C’est là que son fils vint la rejoindre lorsqu’il eut reçu sa patente de notaire. Il était âgé de 19 ans.
Davel notaire.
Si mon ami Davel avait compté sur ce que lui rapporterait sa charge de notaire pour le faire vivre, lui et les siens, ils auraient jeûné la moitié de l’année. Davel n’était pas seul avec sa mère ; sa sœur Sylvestre, devenue veuve était venue vivre à Cully avec ses trois enfants. Je ne crois pas me tromper en disant que, pendant les trois ans que Daniel exerça le notariat à Cully, il passa tout au plus un acte par mois. Je suppose qu’il n’avait pas grand goût pour le métier et préférait s’occuper de son domaine. M. Davel, le père, avait laissé heureusement quelque bien à sa famille, outre des terres et des vignes. C’est avec joie que je retrouvai mon ancien camarade et nous passâmes plus d’une bonne soirée ensemble à deviser. Moi, j’étais resté à peu près le même étourdi, mais lui s’était singulièrement mûri. Je remarquai bientôt qu’il était devenu plus religieux encore que par le passé. Jamais personne ne l’entendit jurer et il reprenait sévèrement ceux qui, en sa présence, blasphémaient le saint nom de Dieu. Il était extrêmement sobre, ce qui est rare dans notre pays de vignoble où l’on fréquente plus assidûment la cave que le temple. Cela n’empêchait pas Davel d’être sociable et bon voisin.
A suivre...