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Site consacré à l'histoire de la Suisse. Curiosités suisses.

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La chanson de Gavroche vient-elle de Genève ?

Relisons ce chapitre des Misérables :
 
Courfeyrac tout à coup aperçu quelqu’un au bas de la barricade, dehors, dans la rue, sous les balles.
Gavroche avait pris un panier à bouteilles, dans le cabaret, était sorti par la coupure, et était paisiblement occupé à vider dans son panier les gibernes pleines de cartouches des gardes nationaux tués sur le talus de la redoute.
- Qu’est-ce que tu fais là ? dit Courfeyrac.
Gavroche leva le nez :
- Citoyen, j’emplis mon panier.
- Tu ne vois donc pas la mitraille ?
Gavroche répondit :
- Eh bien, il pleut. Après ?
Courfeyrac cria :
- Rentre !
- Tout à l’heure, fit Gavroche.
Et, d’un bond, il s’enfonça dans la rue.
Une balle pourtant, mieux ajustée ou plus traître que les autres, finit par atteindre l’enfant feu follet. On vit Gavroche chanceler, puis il s’affaissa. Toute la barricade poussa un cri : mais il y avait de l’Antée dans ce pygmée ; pour le gamin toucher le pavé, c’est comme pour le géant toucher la terre : Gavroche n’était tombé que pour se redresser ; il resta assis sur son séant, un long filet de sang rayait son visage, il éleva ses deux bras en l’air, regarda du côté d’où était venu le coup, et se mit à chanter :
Je suis tombé par terre,
C’est la faute à Voltaire,
Le nez dans le ruisseau,
C’est la faute à…
Il n’acheva point. Une seconde balle du même tireur l’arrêta court. Cette fois il s’abattit la face contre le pavé, et ne remua plus. Cette petite grande âme venait de s’envoler.
 
Consultons à ce propos une note de l’édition de la Pléiade (page 1742)
 
Il y a un précédent à cette chanson de Gavroche et Victor Hugo le connaissait sans doute. En 1817 le poète suisse Jean-François Chaponnière composait ces couplets :
 
Si le diable, adroit et fin,
A notre première mère
Insinua son venin,
C’est la faute de Voltaire,
Si le genre humain dans l’eau
Pour expier son offense
Termina son existence,
C’est la faute de Rousseau.
 
Si Borgia, ce bon humain,
Pour arrondir son affaire,
Fut sacrilège, assassin,
C’est la faute de Voltaire,
Si l’on vit ce Loth nouveau
S’enflammer pour sa famille
Et faire un fils à sa fille,
C’est la faute de Rousseau.
 
Jean-François Chaponnière
 
Jean-François Chaponnière (1769-1856) fait partie du Caveau genevois, joyeux cercle de poètes et de chansonniers qui cherchent à égayer la Genève puritaine. C’est ce petit groupe d’amis qui fonde le Journal de Genève en 1826. Dans Genève et ses poètes, Marc Monnier dit de Chaponnière qu’il « avait de l’à-propos, du naturel, des refrains heureux… Il ne manquait à chacune de ses petites pièces qu’une demi-heure de travail (…) Ses chansons manuscrites, qu’il laissait courir le monde, étaient sur toutes les bouches : mais son nom n’était connu que de quelques lettrés. » Quant à Marc Monnier (1827-1885), poète, essayiste et auteur dramatique genevois, mentionnons au passage le succès parisien de quelques-unes de ses pièces jouées à l’Odéon et au Vaudeville.
 
Le Paris des Suisses, textes présentés par Daniel Jeannet
 
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