Le STAVROS est torpillé dans l’Atlantique par un sous-marin allemand en mai 1942, mais seuls quelques sacs postaux suisses sont endommagés.

Par contre le ST-CERGUE, est un Lucky ship, un de ces navires qui ont de la chance. Le St-Cergue de la compagnie Suisse-Atlantique à Lausanne, un des cinq premiers cargos de la flotte helvétique et baptisé du nom de la commune d’origine de ses armateurs, la famille André. Son commandant est un capitaine de légende, le bernois Fritz Gerber. Il a échappé aux torpilles allemandes et aux balles de la RAF. Il s’est distingué par le sauvetage de nombreux navires en détresse.
Le 15 avril 1942, près des côtes américaines, il recueille les dix survivants de l’équipage d’un pétrolier norvégien torpillé dix jours auparavant.
Le 27 juin 1942, toujours dans l’Atlantique, le radio Adolphe Tschui capte huit appels S.O.S. L’opérateur suisse parvient à décoder la position des naufragés ; ils sont dans un secteur proche du St-Cergue. Dix heures plus tard, le capitaine Gerber fait stopper les machines près de plusieurs canots surchargés. L’un d’eux est équipé d’un petit émetteur de secours, auquel les 209 survivants du cargo hollandais JAEGERSFONTAIN doivent probablement la vie. Il y avait à bord une centaine de soldats américains, et un sous-marin allemand l’a arraisonné et torpillé après avoir fait évacuer équipage et passagers dans les canots. Un début de panique gagne le St-Cergue lorsque le sous-marin en question émerge tout à coup. Mais il se contente de décrire un grand cercle autour du cargo suisse, et son équipage hisse sur le kiosque le pavillon « Bon voyage ». Avant de plonger et de disparaître.
Des avions américains surgissent alors et lancent des grenades sous-marines au point d’immersion. Apparemment sans résultats. Le lendemain, un navire de guerre américain rejoint le St-Cergue pour prendre à son bord les cent soldats yankees.
Les naufragés sont débarqués à Gibraltar. Le capitaine Gerber a reçu, plus tard, une distinction pour ce sauvetage. Mais à l’époque, on avait préféré passer sous silence le sauvetage des soldats américains par un bateau neutre…
En mars 1943, le St-Cergue – toujours lui – recueille encore vingt-deux naufragés suédois au large du Brésil.
Il était écrit que le St-Cergue connaîtrait une destinée peu commune. Un véritable saint-bernard des mers ! Le 29 septembre 1943, un vieux cargo portugais, le MELLO, aux soutes remplies de 5000 t de nitrate de soude, prend feu au beau milieu de l’Atlantique alors qu’il fait route du Chili au Portugal par le cap Horn. De violentes explosions se produisent dans les cales, et la salle des machines est envahie par les gaz enflammés. Un S.O.S. lancé, on met les canots à l’eau. Mais bien vite c’est le drame. Ses machines n’ayant pu être immédiatement stoppées, le MELLO continue d’avancer. Comme un automate. Et son hélice vient broyer l’embarcation dans laquelle ont pris place douze marins. Une nuée de requins se précipite sur les lieux. Le S.O.S. du MELLO avait été capté par le radio télégraphiste Adolphe Tschui. La position indiquée était à douze heures de route du vapeur suisse. Le lendemain matin, un premier canot a été repéré avec dix-huit hommes qui indiquèrent la présence plus à l’ouest, près de l’épave, une seconde embarcation avec onze hommes, dont le capitaine. La fumée de l’incendie était visible. Dans le dernier canot, un des hommes est mort de ses brûlures avant d’être hissé à bord.
Finalement, le MELLO est remorqué jusqu’au port brésilien de Recife, à 150 miles, où sept blessés reçoivent des soins médicaux appropriés.
Le navire portugais et une bonne partie de sa cargaison sont récupérables. Pour les sauveteurs et les armateurs du St-Cergue, cela représente une prime de sauvetage très importante, en vertu de la Convention internationale de Bruxelles fixant les modalités en cas d’assistance et de remorquage en mer.
Liste des navires suisses de 1941 à 1985