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Site consacré à l'histoire de la Suisse. Curiosités suisses.

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La marine marchande Suisse

Je vois déjà certains d’entre-vous rirent sous cape. Pourtant elle existe bel et bien cette marine Suisse.
 
Les sources de cet article sont puisées dans le livre des Editions Mondo, Marine Suisse sur les océans.
 
Tout a commencé lors de la guerre de 14-18. Les Allemands avec leurs sous-marins dominaient les mers et coulaient énormément de navires de guerre et marchand. La Suisse était ravitaillée en marchandises de première nécessité par les voies maritimes avec des navires américains ou d’autres pays neutres. Mais voilà, à un moment donné, les Allemands détruisirent ces navires aussi, et la part des marchandises qui était destinée à notre pays se retrouva à l’eau. La solution vint très vite aux Suisses, louer des navires et qu’ils naviguent sous pavillon helvétique. Une Société suisse de transports maritimes est créée avec des navires belges ou américains qui naviguent, en plus du pavillon suisse, avec l’indication « Schweiz » peinte en blanc sur la coque. La société ne dura que le temps des hostilités.
Et voilà qu’une deuxième guerre d’envergure mondiale se profile en 1939.
Avant la déclaration de la guerre, il n’est pas encore question de créer une véritable flotte nationale. La Confédération n’est pas qualifiée pour ce genre d’opération, réservée à l’initiative privée. Que fait Berne ? Elle loue une quinzaine de bâtiments grecs (115 000 t en tout) pour la durée des hostilités. Le contrat est signé avec la société d’armement maritime Rethymnis & Kulukundis Ltd, basée à Londres. Le contrat stipulait que : les navires ne doivent pas compter plus de vingt années de service, et, qu’ils doivent être livrés au plus tard au printemps de 1940.
L’exploitation des navires est confiée aux courtiers maritimes Honegger & Ascott, à Londres également, qui ont déjà affrété des bateaux pour la Suisse durant la guerre de 14-18.
Mais voilà, encore une fois le destin modifia la donne. En novembre 1940 la Grèce entre en guerre à son tour et il n’est plus question aux 15 navires grecs de décharger dans les ports de Gênes ou de Savone, comme prévus initialement. Finalement le Conseil fédéral n’a eu d’autre choix que d’autoriser l’acquisition de ces cargos.
Ils naviguèrent dès lors sous pavillon suisse.
Pendant toute la durée de la guerre, il y eut quelques actes de guerre contre les navires suisse. Autant du fait des Allemands que des Anglais. Et aussi quelques maladresses de navigation de la part des Capitaines.

Maloja-02.jpg

Le MALOJA quitte Lisbonne pour Gênes, le 1er septembre 1943, le 7 septembre, au nord de la Corse, à 16h10, il attaqué par des avions non identifiés. Deux passages en mitraillant le navire et les hommes, le bateau en feu est ensuite, il est torpillé, l’une des deux torpilles touche au but et coule le navire. Treize minutes suffirent du début à la fin de l’attaque. Trois marins portugais sont portés disparus, septe blessés.
Dans les archives de la marine américaine, a été trouvé cette indication : « 7 septembre 1943 – Navire suisse ( ?Maloja) attaqué et considéré torpillé et coulé par erreur par des Beaufighters au large du cap Revellata – Corse. » Les Beaufighters étaient des torpilleurs de l’aviation britannique.
 
Le CHASSERAL, en avril 1944, quitte Marseille pour Lisbonne. Au large de Sète, il est bombardé et touché, considéré comme perdu, blessés et survivants quittent le bord et se sauvent. Un mort a déploré. Là encore c’étaient des Beaufighters anglais. Les autorités anglaises reconnurent leur erreur, des excuses seront présentées et une indemnité versée à la Suisse.
 
Albula-01.jpg
 
L’ALBULA, touché par une mine flottante dans le port de Marseille.
Le GENEROSO, lui aussi touché par une mine et coulé à Marseille.
 
Le MOUNT-LYCABETTUS, bateau grec affrété par la Suisse. Le 14 mars 1942, il quitte Baltimore, près de New York. Plus personne ne l’a vu. « Perdu corps et biens » avec trente hommes d’équipage. La clé du mystère n’a été découverte que 23 ans après le drame, dans des documents allemands que l’amirauté britannique avait saisis : « Le 17 mars 1942, à 13h07, le sous-marin allemand U 373. A 15h08, le U 373 tira deux torpilles ; les deux touchèrent leur but.   
D’autres navires affrétés par la Confédération ont été victimes de la guerre maritime : en 1939, le cargo grec ELENA R coule après avoir heurté une mine dans la Manche.
Le STAVROS est torpillé dans l’Atlantique par un sous-marin allemand en mai 1942, mais seuls quelques sacs postaux suisses sont endommagés.

Le-St-Cergue-04.jpg

Par contre le ST-CERGUE, est un Lucky ship, un de ces navires qui ont de la chance. Le St-Cergue de la compagnie Suisse-Atlantique à Lausanne, un des cinq premiers cargos de la flotte helvétique et baptisé du nom de la commune d’origine de ses armateurs, la famille André. Son commandant est un capitaine de légende, le bernois Fritz Gerber. Il a échappé aux torpilles allemandes et aux balles de la RAF. Il s’est distingué par le sauvetage de nombreux navires en détresse.
Le 15 avril 1942, près des côtes américaines, il recueille les dix survivants de l’équipage d’un pétrolier norvégien torpillé dix jours auparavant.
Le 27 juin 1942, toujours dans l’Atlantique, le radio Adolphe Tschui capte huit appels S.O.S. L’opérateur suisse parvient à décoder la position des naufragés ; ils sont dans un secteur proche du St-Cergue. Dix heures plus tard, le capitaine Gerber fait stopper les machines près de plusieurs canots surchargés. L’un d’eux est équipé d’un petit émetteur de secours, auquel les 209 survivants du cargo hollandais JAEGERSFONTAIN doivent probablement la vie. Il y avait à bord une centaine de soldats américains, et un sous-marin allemand l’a arraisonné et torpillé après avoir fait évacuer équipage et passagers dans les canots. Un début de panique gagne le St-Cergue lorsque le sous-marin en question émerge tout à coup. Mais il se contente de décrire un grand cercle autour du cargo suisse, et son équipage hisse sur le kiosque le pavillon « Bon voyage ». Avant de plonger et de disparaître.
Des avions américains surgissent alors et lancent des grenades sous-marines au point d’immersion. Apparemment sans résultats. Le lendemain, un navire de guerre américain rejoint le St-Cergue pour prendre à son bord les cent soldats yankees.
Les naufragés sont débarqués à Gibraltar. Le capitaine Gerber a reçu, plus tard, une distinction pour ce sauvetage. Mais à l’époque, on avait préféré passer sous silence le sauvetage des soldats américains par un bateau neutre…
En mars 1943, le St-Cergue – toujours lui – recueille encore vingt-deux naufragés suédois au large du Brésil.
 
Il était écrit que le St-Cergue connaîtrait une destinée peu commune. Un véritable saint-bernard des mers ! Le 29 septembre 1943, un vieux cargo portugais, le MELLO, aux soutes remplies de 5000 t de nitrate de soude, prend feu au beau milieu de l’Atlantique alors qu’il fait route du Chili au Portugal par le cap Horn. De violentes explosions se produisent dans les cales, et la salle des machines est envahie par les gaz enflammés. Un S.O.S. lancé, on met les canots à l’eau. Mais bien vite c’est le drame. Ses machines n’ayant pu être immédiatement stoppées, le MELLO continue d’avancer. Comme un automate. Et son hélice vient broyer l’embarcation dans laquelle ont pris place douze marins. Une nuée de requins se précipite sur les lieux. Le S.O.S. du MELLO avait été capté par le radio télégraphiste Adolphe Tschui. La position indiquée était à douze heures de route du vapeur suisse. Le lendemain matin, un premier canot a été repéré avec dix-huit hommes qui indiquèrent la présence plus à l’ouest, près de l’épave, une seconde embarcation avec onze hommes, dont le capitaine. La fumée de l’incendie était visible. Dans le dernier canot, un des hommes est mort de ses brûlures avant d’être hissé à bord.
Finalement, le MELLO est remorqué jusqu’au port brésilien de Recife, à 150 miles, où sept blessés reçoivent des soins médicaux appropriés.
Le navire portugais et une bonne partie de sa cargaison sont récupérables. Pour les sauveteurs et les armateurs du St-Cergue, cela représente une prime de sauvetage très importante, en vertu de la Convention internationale de Bruxelles fixant les modalités en cas d’assistance et de remorquage en mer.

Liste-bateaux-05.jpg
Liste des navires suisses de 1941 à 1985
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