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8 septembre 2015 2 08 /09 /septembre /2015 16:53

MOTORISATION

Un besoin urgent

Pour motoriser notre armée, il faut deux choses : du carburant et des véhicules. Nous ne parlerons pas encore de l’avion.

Du carburant à nous, nous en avons suffisamment.

Naturellement pas de l’essence : chaque goutte doit en être importée. Mais assez de bois pour faire marcher toutes les autos.

À proprement parler, il semble qu’il suffirait de ce sérieux avertissement pour adapter toutes nos voitures au carburant national. Le gaz de bois coûte, par kilomètre-véhicule, trois fois moins que l’essence. La transformation serait donc utile au pays et, en même temps, aurait pour particuliers l’avantage de l’économie.

La lutte contre le chômage, sous tout autre forme, exige des subventions de la Confédération (lisez : des suppléments d’impôts). [infos sur IDF, ici.] Il est évident qu’une diminution des importations pétrolières entraînera une réduction des recettes douanières. Mais le pays s’en trouvera mieux, car tous les millions qui s’en vont aujourd’hui à l’étranger pour payer l’essence ne seraient pas perdus pour notre économie nationale…

Commentaire

Si le point de vue de notre Major sur l’économie possible en utilisant le bois en lieu et place du pétrole, c’est une vision militaire et non civil, qui pénaliserait toute l’économie civile qui utilise le pétrole pour son fonctionnement.

… Les distributeurs d’essence ne chômeraient pas, vu qu’ils pourraient se mettre au service du carburant indigène. Et, surtout, 20 millions de francs reviendraient à notre industrie forestière et les usines pour la fabrication des générateurs à gaz donneraient un travail durable à de nombreux chômeurs. Sur ces questions, le major d’état-major Henri Tanner a, dans son ouvrage Les forêts suisses et leur importance militaire, donné des renseignements qui demandent à être utilisés d’urgence.

Mais les automobiles elles-mêmes ?

Les voitures particulières nous offrent un plus grand nombre de places que les chemins de fer fédéraux dans leur ensemble. C’est-à-dire plus que notre armée ne compte d’hommes.

Il y a environ 20'000 camions circulant en Suisse, dont 5'000 à peine de fabrication nationale. Tous les autres proviennent de l’étranger. Qu’il soit indiqué, à titre de comparaison, que, chez nos voisins, le pourcentage des camions indigène dépasse 90% (en Italie : 99,9% !).

Notre parc automobile ne compte donc pas assez de camions de fabrication suisse pour couvrir les besoins de l’armée sur le front et notamment dans les services de l’arrière.

La défense nationale exige que celui qui a besoin d’un camion en achète un de fabrication suisse avec un générateur à gaz de bois, éventuellement avec un moteur Diesel. Car une chose est bien claire : en cas de guerre, nous ne pourrons plus nous procurer de pièces de rechange à l’étranger et l’importation d’essence sera menacée. Quant à nos réserves d’essence, nous en aurons besoin pour nos avions.

Nous sommes contre l’autarcie ; mais, là où notre économie nationale peut utiliser nos propres ressources, nos propres forces, une démocratie intelligente doit le reconnaître – et le rendre possible.

Il y a deux moyens de pousser la chose. Le moyen favori, c’est la subvention, mais je le déconseille. Le meilleur me semble être l’impôt. Les voitures suisses doivent faire leur service militaire. Et pourquoi les produits de fabrication étrangère ne paieraient-ils pas un impôt militaire ? Ce qui est juste et permis pour les hommes ne serait pas injuste pour les véhicules.

Commentaire

Comment se fait-il que notre Major, ne voit pas que le pays dépend entièrement de ses importations ? Où sont nos ressources de fer et charbon, d’acier et autres matières premières nécessaire à toutes nos industries ? Vivre en autarcie est impossible et ne l’a jamais été, même au pire moment de la Deuxième Guerre mondiale. Les camions suisses, pour être fabriqué, on besoin d’acier et de caoutchouc et de cuivre et de tant de choses, qu’il est inimaginable d’avoir une production 100% Suisse qui couvrirait l’entier des besoins militaires.

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7 septembre 2015 1 07 /09 /septembre /2015 16:52

Les téléfériques

Comme nous l’avons déjà dit, on estimait, au cours de la guerre mondiale, qu’il fallait, en montagne, trois hommes à l’arrière pour un sur le front. À cet égard, les téléfériques pourraient épargner l’importante main-d’œuvre distraite par le transport du ravitaillement. Les vivres pourraient être ainsi amenés en quantités suffisantes pour constituer des réserves en cas où une avance de l’ennemi ou bien les intempéries couperaient les positions du monde extérieur. De plus, l’emploi toujours plus développé des armes automatiques nécessite un important ravitaillement en munitions. Faire transporter tout cela à dos d’homme, des vallées jusqu’à des positions situées à 3000 mètres ou plus haut encore, ce serait vite épuiser les colonnes de porteurs.

Il est donc normal de constater que, par exemple, vers la fin de la guerre mondiale, sur un front de haute montagne de 25 kilomètres dans le massif de l’Ortler, se trouvaient plus de dix téléfériques à moteur qui, dans les cas de nécessité, pouvaient amener tout le ravitaillement nécessaire du fond de la vallée jusque sur des hauteurs de 3'900 mètres en une demi-heure à peine.

Les importantes positions latérales étaient jointes à leur tour par des téléfériques à main, plus petits. Ces appareils rendaient également les plus grands services pour la descente des blessés dont plusieurs leur durent la vie, ayant pu être amenés ainsi en moins de deux heures du poste de combat à un hôpital du front au lieu d’être transportés douloureusement dans la vallée pendant des heures par des brancardiers à travers les rochers et les glaces.

Prévoir dès maintenant des téléfériques desservants les principales positions, sinon les poser d’avance, constitue une des nécessités de notre défense nationale, si l’on veut que nos troupes de montagne puissent faire ce que l’on attend d’elles : être des défenseurs victorieux de la plus puissante forteresse de l’Europe, nos Alpes.

LA DÉFENSE DE LA SUISSE en cas d’invasion [14]

Commentaire

Le Major nous parle des téléfériques et cite en exemple les téléfériques dans le massif de l’Ortler, qui, si vous ne le savez pas, est en Italie, et à la fin de la première guerre mondiale, l’Italie était le pays qui avait le plus de téléférique au monde. À cette époque l’Italie était contre l’Allemagne, au moment du constat de notre Major, c’est Mussolini qui bénéficie des téléfériques. Pour compléter les infos sur les téléfériques, l’Italie fait partie des plus grands bâtisseurs de téléfériques avec la Suisse, la France, l’Allemagne et l’Autriche.

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6 septembre 2015 7 06 /09 /septembre /2015 17:36

L’équipement des hommes

Une fois sérieusement entreprise l’adaptation de nos troupes alpines aux exigences effectives de la guerre de montagne, il s’avérera bientôt que l’équipement actuel de ces troupes demande à être considérablement modifié et développé. La chose n’exige pas d’être longuement étudiée, il suffit de tirer parti de l’expérience qu’a acquis à cet égard, depuis de longues années, l’alpinisme civil. Les rapports établis à la suite des derniers cours de répétition d’hiver, et relatifs aux défauts relevés dans la façon d’équiper les hommes, peuvent donner de précieuses directives en vue des améliorations à apporter.

De cette importante documentation, on peut extraire les points qui, à cet égard, méritent une particulière attention.

Le casque d’acier est aussi indispensable en montagne qu’en pays plat, plus encore même du fait qu’il protège son porteur des éclats de pierre que causent les balles et les obus frappant un rocher. Mais il ne défend pas les oreilles contre le froid et le gel. Les soldats se tirent d’affaire en conservant leur calot sous leur casque, mais alors celui-ci ne tient plus bien sur la tête. L’industrie privée a créé, pour les alpinistes et les skieurs, divers systèmes d’oreillères, qui se rabattent de l’intérieur du chapeau ou de la casquette ; il est bien certain qu’on pourra trouver un système qui s’adapte à notre casque et qu’on facilitera ainsi à nos militaires le séjour aux grandes altitudes.

La question du collet de notre tunique d’uniforme est trop ancienne et trop connue pour qu’il soit nécessaire de s’y arrêter. Pour les hommes, la tunique à col rabattu serait encore la meilleure solution intermédiaire et le directeur d’un cours de répétition d’hiver la désignait récemment, au cours d’une conférence, comme « la partie de l’habillement de nos soldats la plus appropriée au service en montagne ». il y a là une précieuse indication en vue de résoudre la question du collet, qui est d’une si grande importance pour les officiers comme pour les hommes des troupes alpines.

Si notre pantalon d’infanterie est, quant à son utilité et à son aspect, l’objet d’appréciations contraires, il n’y a qu’un avis sur son emploi en montagne. Le fait qu’il retombe sur les brodequins le rend absolument inapte à affronter une neige épaisse et, après la moindre marche, l’humidité et le froid pénètrent les pieds des hommes, même de ceux du dernier rang. L’emploi de molletières ou de leggins augmente le nombre des malades d’une manière très sensible, en favorisant l’inflammation des tendons.

Si l’on ne se décidait pas à adopter la culotte, comme nos voisins l’ont fait pour leurs troupes alpines, on pourrait étudier sérieusement l’emploi de guêtres courtes, analogues à celles que portent aujourd’hui beaucoup de skieurs. On leur attribue l’avantage d’une fermeture hermétique entre les chaussures et le pantalon, et celui de tenir les pieds bien au chaud, deux points dont se préoccupe peu l’habillement actuel de nos troupes alpines (d’ailleurs, à notre connaissance, nos troupes du Saint-Gothard portaient encore, au début du siècle, des guêtres de ce genre, mais qui montaient trop haut ; si l’on y revenait, c’est que l’armée aussi observerait le mouvement cyclique de la mode).

Que les « grimpants » soient coupés trop courts de ceinture et trop étroits de canons et soient dépourvus de poches de derrières s’explique peut-être par leur bon marché mais n’ajoute rien à leur utilité.

Le brodequin absolument imperméable, tel que le soldat de montagne devrait le posséder, n’a pas encore été trouvé et il se fera sans doute attendre encore longtemps. Un vaste champ s’ouvre ici à notre industrie cordonnière. Toujours est-il que les médecins militaires et les chefs d’unité considèrent comme nécessaire et comme possible d’améliorer sérieusement le soulier de montagne d’ordonnance, tant au point de vue de la coupe et de l’adaptation au pied que de la résistance et de l’imperméabilité.

Pendant un cours de répétition de l’hiver dernier, sur un détachement entier qui avait effectué une longue marche en haute montagne, - à savoir 35 kilomètres en une journée avec une montée d’environ 1'500 mètres, - 1% seulement des hommes se présentèrent à la visite pour mal de pied. Il faut dire que tous les hommes portaient leurs souliers de ski civils, dont la qualité était bonne et souvent excellente. Mais, lorsqu’au cours d’un exercice d’avant-poste, le même détachement fut surpris par une recrudescence de froid, plusieurs cas de pieds gelés se produisirent, en un court laps de temps, parmi les occupants des positions les plus élevées, ce qui obligea finalement à interrompre l’exercice et à abriter les sections les plus atteintes dans une cabane du Club Alpin ; la cause en est, sans aucun doute, à cette propriété qu’a le cuir d’absorber l’humidité, propriété contre laquelle on a jusqu’ici cherché en vain à lutter.

Quant aux hommes appelés à tenir dans des tranchées de montagne, par tous les temps, il faut absolument prévoir pour eux des vêtements spéciaux ; au cours de la Grande Guerre, dans les deux camps, les occupants des tranchées de l’Ortler et de l’Adamello étaient pourvus de bottes et de manteaux fourrés en peau de mouton qui – le poil tourné en dedans – défendaient leurs porteurs d’un froid de 30 degrés et au-dessous. Il est indispensable d’en munir nos troupes en quantités suffisantes, tout au moins les hommes d’une relève sur deux et ceux des postes d’écoute. Pour les patrouilles et les troupes de première occupation, ces vêtements seraient trop lourds et ils pourraient, en attendant, être utilement remplacés par des vêtements imperméables légers.

Il existe dans les dépôts, pour nos troupes de montagne, des gants ou des mitaines qu’on peut qualifier d’absolument inutilisables. Leur revers est si court qu’il recouvre d’une manière tout à fait insuffisante le poignet, c’est-à-dire justement la partie de l’avant-bras qui joue le plus grand rôle pour protéger la main du froid. Comment un homme muni de mitaines qui ne laissent pleine liberté qu’au pouce pourrait-il, par des températures de 20 degrés au-dessous de zéro, faire manœuvrer une carabine, une mitrailleuse légère ou lourde ?

LA DÉFENSE DE LA SUISSE en cas d’invasion [13]

Commentaire

Notre major d’artillerie fait un constat très judicieux du mauvais équipement général des troupes qui doivent défendre des positions en montagne. Tous ces petites choses ajoutées les unes après les autres, font un gros problème. Il faudra attendre les années 80 et 90 pour constater des changements considérables dans l’équipement de nos troupes.

Une petite rectification au sujet du dernier paragraphe ci-dessus, concernant les GANTS. Les gants de laine que j’ai connu moi-même, étaient inefficaces et quand le Major parle de mitaine, il faut comprendre « moufle », car les mitaines sont des gants qui laissent libre les doigts, alors que les moufles de notre armée étaient bien grosses, le pouce libre et les quatre autres doigts bien cachés ensemble, mais aussi inutilisables pour tirer, dégoupiller une grenade ou pour se curer le nez !

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5 septembre 2015 6 05 /09 /septembre /2015 17:20

On apprenait le mercredi 26 août dernier, qu’une locomotive « Crocodile » allait quitter la Suisse pour la Suède où elle sera exposée quelques jours dans un musée. La raison de cette jolie virée, une invitation liée aux célébrations marquant les 100 ans d’existence des trains électriques. De fait, des générations de Suédois ont joué avec des modèles réduits de la « Croco », qui reste très présente dans les cœurs et les chambres d’enfants.

Le Matin et tous les autres journaux de Suisse.

Le voyage jusqu’en Suède va durer huit jours, cette loco de 1926 ne pouvant dépasser les 50 km/h. Elle quittera Olten lundi matin, avec une trentaine de passagers installés dans des wagons-couchettes, salon et restaurant. Elle repartira de Suède le 22 septembre.

[Elle n’allait, effectivement pas vite, mais était la plus puissante du monde.]

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4 septembre 2015 5 04 /09 /septembre /2015 16:52

Le gros problème : Le ravitaillement

La guerre de montagne exige des services de ravitaillement un travail immense. La nourriture (sans la boisson), le courrier et le bois de chauffage représentent 2 ½ kilos par homme et par jour. Avec notre effectif actuel de troupes de montagne, nous devrions pouvoir monter journellement, par camions, à dos de bêtes ou de soldats, la valeur de vingt wagons de chemin de fer. Et nous ne parlons pas du fourrage pour les chevaux et les mulets. De plus, pour s’abriter et pour combattre, la troupe aura besoin de bois d’œuvre, de fils de fer et de munitions.

L’armée qui défendait Verdun, forte alors de 530 000 hommes, exigeait chaque jour trente trains à voie étroite (de la Compagnie du « Meusien ») pour son seul ravitaillement en vivres. Elle disposait en outre pour son ravitaillement général d’une seule route, la fameuse « voie sacrée ». Cette route était parcourue journellement par 1'400 camions dans chaque direction, une voiture sur cinq étant pleine de pierraille pour l’entretien de la chaussée qui était véritablement une artère vitale. Dans les forêts de la région, par contre, les troupes trouvaient en abondance du bois d’œuvre et de chauffage.

Ainsi nous devons faire tout le nécessaire pour approvisionner notre armée de montagne. On a souvent de la peine à construire une simple route, par exemple celle du col du Susten, du col du Pragel ou du lac de Wallenstadt, on parle et l’on écrit sans fin, perdant ainsi un temps précieux. Pourquoi ne bitume-t-on pas enfin nos grandes routes alpestres ? Faut-il que, chaque printemps, leur chaussée soit creusée par les eaux de fonte des neiges ? Dans leur état actuel, les transports de guerre auraient bientôt fait de les rendre inutilisables.

La mise en état de nos routes de montagne ne constitue qu’une partie de ce qui peut contribuer à la défense nationale. Aux points où le ravitaillement doit abandonner la route, il convient d’établir des chemins et des téléfériques. En même temps, on remédierait au dépeuplement de maintes vallées alpestres en les rapprochant, par un chemin ou un téléférique, des forêts et des pâturages. Et pourquoi chaque bataillon ne consacrerait-il pas, de temps en temps, une journée entière à débarrasser un de ces pâturages des pierres qui l’encombrent ? Quelques milliers de journées de travail ainsi employées seraient le meilleur des cadeaux à faire à une de ces communes alpestres. Pourquoi ne leur venir en aide que lorsqu’elles sont dévastées par le feu ou l’eau, et que seulement alors la « solidarité confédérale » puisse être pratiquée par nos troupes ? Le bataillon aurait son téléférique, la commune aurait sa vie mieux assurée. Quel beau travail à accomplir !

[Cette vue, d’aide à la population alpestre a été pendant la mobilisation, une des missions de la troupe. Il semblerait que cela n’était pas dans les habitudes de l’armée d’entreprendre des travaux nécessaires à la défense nationale et qui serviraient à la population locale par la suite.]

D’un intérêt égal serait l’étude de la façon dont on pourrait réduire le volume du ravitaillement sans en diminuer la valeur. Ceci concerne par exemple l’approvisionnement en bois de chauffage. Ce que dix hommes hissent à grand’peine jusqu’aux positions, un homme pourrait le transporter sous forme de charbon de bois. De ce charbon, faisons donc des briquettes, en créant une nouvelle industrie qui nourrirait des centaines d’ouvriers. Nous avons du bois en abondance et nos propriétaires de forêts en tireraient plus de bénéfices. Il serait d’ailleurs intéressant, pour notre défense nationale, de développer encore cette production en remplaçant l’essence d’automobile par du gaz de charbon de bois. En cas de guerre, nous pourrions nous passer de nos importations de pétrole : les vingt millions de francs suisses qui filent annuellement à l’étranger nous seraient fort utiles – et à nos propriétaires de forêts également. Mettons-nous donc au travail. À la fois pour combattre le chômage et pour défendre le pays.

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3 septembre 2015 4 03 /09 /septembre /2015 16:10

Établissons des câbles téléphoniques

Les problèmes les plus difficiles de la guerre de montagne sont constitués par la liaison et le ravitaillement.

Au temps de la T.S.F., cela semble incroyable. Cependant, les gorges, si bien appropriées à la défense des routes, sont souvent inaccessibles aux ondes. Et on ne peut pas davantage recevoir les émissions d’un poste établi dans ces parages. Provisoirement, cet état de chose ne peut être modifié, mais il nous commande de prendre – justement parce qu’on ne peut rien y changer – des mesures convenables dès le temps de paix. Établir dès aujourd’hui, dans les régions de combats éventuels, un réseau de câbles téléphoniques résistant aux projectiles et aux avaries, ce serait, tout en diminuant le chômage, faire œuvre très utile du point de vue militaire. [Tien ! il pense encore aux chômeurs.]

Étant donné que la visibilité en montagne est gênée par le temps durant 250 jours par an, et qu’en outre le front ne peut se contenter d’une liaison par vue directe avec l’arrière, le signal optique ne remplace que très relativement le câble téléphonique. Une invasion ennemie, qui n’est pas annoncée à temps, peut avoir en montagne des suites souvent fâcheuses, puisqu’elle peut aboutir à l’encerclement des plus solides positions. Les troupes de secours ne pouvant arriver que lentement, la nouvelle doit pouvoir être transmise dès que l’événement a eu lieu. Ce n’est qu’ainsi qu’on pourra être en quelque sorte assuré que les dispositions qui seront aussitôt prises par les chefs de l’armée viendront à temps pour éviter un plus grand malheur.

Bien entendu, la pose de ces câbles ne se justifie que s’ils peuvent nous être utiles en cas de danger. [La population locale n’a pas besoin de recevoir le T.S.F.] Le moyen de s’en rendre compte est simple. Chaque unité fait des exercices dans la région qu’elle aura vraisemblablement à défendre. La position à occuper et la mission à remplir sont indiquées par le commandement intéressé. La troupe doit s’y exercer. Un procès-verbal d’exercice fait partie des documents de mobilisation. Sur la base de ces exercices, on établit, dès le temps de paix, un réseau de liaisons avec l’unité, et en certains endroits même avec les principales zones de barrage.

Qui sait si la carte du monde ne serait pas différente de ce qu’elle est, si, le 9 septembre 1914, la liaison téléphonique avait été coupée entre La Ferté-Milon et Luxembourg ? Ce que l’histoire militaire française appelle le « miracle de la Marne » a tenu à ce fil, responsable de l’histoire mondiale. Que pourrait donc faire un fil de ce genre pour l’histoire suisse ?

    LA DÉFENSE DE LA SUISSE en cas d’invasion [11]

Commentaires

Alors la Suisse est mal équipée en toutes choses à la lecture de ce livre. Un certain décalage entre la vision que l’on se fait de cette époque où l’on a beaucoup filmé, photographier et écrit sur un peu chaque sujet et la réalité qui nous a été cachée, ou non formulé, n’étant pas la préoccupation des journalistes à ce moment de l’histoire. Même l’équipement de base, uniforme, chaussures, ne sont pas encore la tenue de ceux qui libèreront l’Europe.

C’est à la fin des années 60, début 1970 que certains lieux de montagne, ont été « électrifié », alors pensez un peu à l’attente des gens pour obtenir la radio qui ne fonctionne qu’avec un câble de cuivre pour le transport de l’électricité. La lampe à pétrole, bougie, étaient dans certain village la seule énergie que pouvait rencontrer un soldat égaré.

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2 septembre 2015 3 02 /09 /septembre /2015 15:15

L’armée est en marche

« Attention ! – Attention ! – Le Conseil fédéral suisse a, aujourd’hui à 14 heures 15, décidé la mobilisation, toute l’armée doit rejoindre sans délai. A 18 heures 15, l’appel sera fait aux lieux de rassemblement des unités. L’horaire de guerre entre immédiatement en vigueur. Alarme ! – Alarme ! – Attention ! – Le Conseil fédéral… »

LA DÉFENSE DE LA SUISSE en cas d’invasion [10.3]

A la minute même où la décision sera prise à Berne, le speaker de la radio ou du téléphone (peut-être le président de la Confédération lui-même) donne l’alarme à près d’un demi-million d’auditeurs. Six heures plus tard, les 90% de l’armée sont prêts à l’appel. Les trains sont rapidement organisés. Ils embarquent le matériel militaire, comme ils le feront le lendemain et les jours suivants. Entre temps, l’officier-vétérinaire a fait l’appel des chevaux. Les bêtes sont réparties et attelées. Les camions chargent chez leurs fournisseurs les vivres et le fourrage. On touche les munitions et les vivres de réserve. On revoie les hommes en service détaché ou en surnombre. L’unité est prête à partir. De jour cela dure une heure, de nuit trois heures. L’armée est en marche.

Sept à huit heures après la décision du Conseil fédéral, les troupes de combat peuvent partir pour le front. Tout cela n’est qu’une question d’organisation, d’utilisation des moyens les plus modernes et les plus rapides, ainsi que des avantages dus à la petitesse de notre armée et de notre pays, et c’est ainsi que doit être créé le levier qui nous donnera la plus grande force de combat.

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1 septembre 2015 2 01 /09 /septembre /2015 15:59

La mobilisation

Si nous ne pouvons croire volontiers à des hostilités éclatant « comme un éclair dans un ciel serein », parce que les dirigeants ont besoin de les justifier, devant leur propre peuple, par une tension politique appropriée, on ne peut nier toutefois que, dans les pays de dictature, la passion guerrière puisse être allumée plus rapidement que ne l’exigerait le temps prévu par nous pour la mobilisation.

Au moment décisif, il est trop tard pour faire antichambre dans les chancelleries, aussi, dès aujourd’hui, chacun de nos voisins doit-il se faire à l’idée, et notre peuple doit-il être absolument assuré que, sans nous soucier d’aucune pression internationale, nous mobiliserons dès que les relations entre États voisins se tendront d’une façon menaçante. Qu’importe s’ils disent que la Suisse mobilise pour rien du tout, qu’importe s’ils sourient en nous voyant chaque fois renvoyer nos soldats dans leurs foyers dès que le conflit s’est apaisé, nous sourions aussi dans notre coin et nous songeons au renard et aux raisins. http://www.jdlf.com/lesfables/livreiii/lerenardetlesraisins

Que la Suisse mobilise plutôt dix fois inutilement, qu’une seule fois trop tard ! Telle est la situation. Il faut bien se dire que ce ne sont pas les uniformes, les armements, l’instruction militaire ou les emprunts de la défense nationale qui protègeront notre pays contre la guerre, mais seulement et uniquement des troupes prêtes à marcher et à combattre.

Moyens nouveaux, méthodes nouvelles

Il existe en Suisse plus d’un demi-million d’appareils de T.S.F. (seulement !) Avec un conservatisme exagéré, nous en sommes restés, pour la mobilisation, à la transmission télégraphique. La radio offre cependant des possibilités qui doivent être absolument utilisées.

500 000 radio pour 4'250 000 habitants

500 000 radio pour 4'250 000 habitants

Le téléphone, de même, n’a pas encore été prévu pour annoncer la mobilisation. Cependant, le progrès technique a, depuis longtemps, rendu possible une communication automatique, simultanée et se répétant à plusieurs reprises, adressée à tous les abonnés, et nous en avons environ 433,000.

L’appel des troupes est prévu, avec des intervalles fixés d’avance, pour le premier, le deuxième, etc., jour de mobilisation. Mais le premier jour de mobilisation ne peut être adapté à une journée déjà entamée. On perd donc inévitablement un ou deux jours. Ne pourrait-on remédier à cela ?

Rien ne vaudrait mieux, à cet égard, que l’adoption de la mise en alerte, assurée par les moyens de transmission les plus rapides. Nous devons également accélérer l’appel des troupes, faire en sorte de ne pas perdre de délai inutile avant le premier jour de mobilisation.

Il est vrai que les quelques compagnies permanentes de garde-frontières, que les détachements garde-frontières eux-mêmes seront rapidement alertés. Mais on peut se demander s’il leur sera possible de retarder une attaque par surprise de notre pays assez longtemps pour nous permettre d’achever notre mobilisation. Ils ne pourront retenir que les premières troupes légères de reconnaissance. L’adversaire éventuel le sait bien et il enverra en avant-garde des corps suffisamment puissants. Il n’a pas du tout l’intention de nous laisser, derrière notre faible couverture, le temps de nous retourner. Aussi l’existence de nos garde-frontières constitue-t-elle plutôt, malheureusement, une division de nos forces. Si au moins ils disposaient de pièces à longue portées, leur permettant de gêner en profondeur la marche de l’ennemi, de la retarder ou même de l’interrompre ; s’ils étaient renforcés, d’autre part, par deux ou trois cents aviateurs permanents, qui pourraient ainsi, à eux seuls, couper les voies ferrées, les ponts et les routes dans la région de la marche de l’ennemi, isoler les détachements avancés de façon que nos garde-frontières puissent les détruire. Toutefois, dans les circonstances les plus favorables, leur action ne pourrait arrêter, mais tout au plus retarder, l’avance ennemie, et cela, non pas pour quelques jours, mais pour quelques heures.

C’est ainsi que nous devons, vis-à-vis de nos vaillants garde-frontières, mettre sur pied rapidement notre armée principale, en sorte que leur sacrifice n’aura pas été vain. Tout ce qui pourra y contribuer doit être fait : mise en alerte, horaire de guerre dès la première nuit, accélération de l’appel des troupes, mobilisation des troupes libérée de tous impedimenta, avance méticuleusement organisée.

Pendant ce temps en 1939 en Suisse : https://fr.wikipedia.org/wiki/1939_en_Suisse

Commentaires

Bien qu’il soit dit que la mobilisation doit être entreprise, il reste dans l’esprit de l’auteur que la Suisse va subir l’invasion d’une façon ou d’une autre. Jamais il ne fait l’hypothèse qu’étant neutre, la Suisse prise entre deux puissances belliqueuses, elle ne sera attaquée que si nécessaire et seulement après les objectifs principaux atteints.

On découvre en lisant les préoccupations de l’auteur, que la Suisse à cette époque n’avait que très peu de poste de radio, que le téléphone n’était pas si répandu comme aujourd’hui et que seul le télégraphe était l’outil utilisé pour contacter la population. Moyen, rappelons-le, déjà utilisé pendant la guerre de Sécession. Le schéma pour atteindre la population, devait être le suivant, un télégramme arrive à la poste et au personnel de celle-ci de toucher tous les hommes du village pour annoncer la mobilisation, aidé en cela par l’autorité qui devait afficher l’ordre de mobilisation sur les murs. Pas une fois l’auteur nous parle du Télex, la Suisse ne serait-elle pas équipée de cette nouveauté ? https://fr.wikipedia.org/wiki/T%C3%A9lex ou bien seul les banques et autres sociétés privées en étaient pourvu ?

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31 août 2015 1 31 /08 /août /2015 15:45

Plus vite, plus vite

Un des caractères les plus critiquables de notre organisation en voie de réforme est le raffinement de la paperasserie. Il ne nous suffit pas de tenir un registre des mobilisables, il nous le faut en plusieurs exemplaires – sauf erreur, en douze. Et tous ces contrôles sont nouveaux. Comme on n’a pas fait appel à l’aide des nombreux chômeurs qui savent écrire, la paix semble assurée pour longtemps encore !

On pourrait cependant s’organiser de façon à supprimer, en cas de mobilisation, la distribution aux soldats de l’équipement complémentaire. Dès à présent, l’homme conserve par devers lui plusieurs éléments importants de cet équipement. Mais on ne conçoit pas pourquoi on ne lui permettrait pas ce qui manque encore : toiles de tente, éléments de tente, pansements individuels, plaques d’identité. Rien que pour établir ces dernières, il a fallu, en 1914, près de 48 heures à chaque unité, cela de jour et dans les bureaux. Des travaux aussi méticuleux pourraient être, sans dépenses sérieuses, épargnés à la troupe.

Ce qui demande surtout du temps, c’est la fourniture des chevaux. Si elle pouvait être réduite à une simple remise de bêtes, l’unité pourrait être prête à marcher en quelques heures. Il ne lui faudrait pas plus de temps qu’au début d’un cours de répétition, quand on la voit souvent, le premier soir, bivouaquer à une demi-journée de marche du lieu de mobilisation. On pourrait très facilement, et dès aujourd’hui, munir toute bête de trait ou de somme d’un « livret de service » qui indiquerait ses qualités et son affectation. Il faudrait également qu’elle soit présentée avec un fer de réserve d’ordonnance. De même que les chevaux, notamment les lourds, sont amenés avec leur collier, on pourrait obtenir que le collier d’ordonnance soit employé en temps ordinaire, ce qui permettrait d’économiser environ deux heures à la mobilisation ; de plus, les chevaux et les usagers s’habitueraient à ce collier.

  LA DÉFENSE DE LA SUISSE en cas d’invasion [10.1]

La mobilisation des automobiles et motocyclettes devrait être également réglée de telle sorte que, en même temps que le contrôle annuellement assuré par les autorités cantonales, il soit établi une fiche indiquant les services que le véhicule peut rendre en temps de guerre.

Des préparatifs aussi poussés impliquent naturellement que les dépôts des lieux de rassemblement puissent, en une heure seulement, fournir la plupart des troupes y affectées de tout ce qui leur est nécessaire. Il sera impossible de maîtriser cette vague en employant la paperasserie du temps de paix, la seule issue honorable est de confier à la garde du dépôt le matériel porté sur les états.

Si le plan de mobilisation réduit au temps indiqué les opérations d’appel, d’organisation interne et de mise en marche des troupes, il ne sera naturellement pas possible aux dépôts centraux d’assurer, en un si court délai, le ravitaillement en vivres et en fourrage. Il ne convient toutefois pas de retarder, pour cette raison, la marche des troupes. Une décentralisation de ces réserves est d’autant plus indiquée que, de toute façon, leur renouvellement régulier est rendu nécessaire par la consommation des troupes appelées aux cours de répétition annuels. Même si les dépôts centraux ne sont pas bombardés à gaz par un raid d’avions ennemis, il ne faut pas s’attendre à ce que le trafic par voie ferrée se fasse normalement. La collaboration des grandes organisations de répartition au ravitaillement des dépôts dans les lieux de rassemblement des troupes, allégerait la tâche des chemins de fer, des dépôts centraux, faciliterait le ravitaillement de la population civile, accélérerait la préparation à la marche des troupes.

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30 août 2015 7 30 /08 /août /2015 17:14

Sur la mobilisation

L’invasion allemande de 1914 a surpris la Belgique au moment où elle se préparait à réorganiser son armée. Elle fut inondée en un clin d’œil.

Toute réforme de l’armée entraîne, pendant qu’elle s’effectue, un état de faiblesse pour le pays. C’est inévitable. Le péril est alors d’autant plus grand que la capacité combative de l’armée tombe presque à rien.

Il serait stupide de faire un secret du fait que nous nous trouvons actuellement dans une semblable période de faiblesse. Les groupes et les partis politiques qui, pendant des années, ont empêché nos armements, en portent toute la responsabilité. Et ceux aussi qui se mirent à plat ventre devant cette opposition.

En tout cas, il ne faut rien négliger aujourd’hui pour réduire au possible la durée des travaux d’armement. Et il est également ridicule de vouloir empêcher la chose en disant qu’on n’arrivera qu’à un « semblant de résultat ». Tant que deux cent mille bras sont sans emploi dans notre petit pays, faute de travail, il est sûrement plus raisonnable de provoquer un « semblant de résultat » que de cumuler la crise du chômage avec la crise de la défense nationale.

Trois phases, trois points de vue

  LA DÉFENSE DE LA SUISSE en cas d’invasion [10]

Au cas d’une guerre susceptible de nous toucher (par une marche à travers notre territoire), la petitesse de notre pays et de notre armée n’est pas sans avantages. Le but à atteindre par notre armée est d’utiliser cette petitesse aux fins d’effrayer par avance tout adversaire éventuel ou de le rencontrer, au plus tard, à la frontière du pays. C’est la mobilisation qui décide de la possibilité, pour l’armée, d’atteindre le but proposé.

Il faut considérer trois phases dans la mobilisation : préparation, ordre et exécution. Et chaque phase doit être, à son tour, considérée à trois points de vue : précision, rapidité, largeur de vues. Suivant l’autorité qui s’en occupe, ces trois points de vue se subordonnent l’un à l’autre de façon variable.

La préparation de la mobilisation est du ressort de l’état-major général. De l’exactitude bien connue avec laquelle il travaille, il ne faudra s’écarter en rien, même si d’autres domaines exigent une exactitude renforcée. S’il suffisait jusqu’ici de faire en sorte que les troupes de combat soient prêtes à marcher dans les quatre jours, et les services de l’arrière seulement une dizaine de jours plus tard, la grande mobilité d’un adversaire éventuel exige un nouveau progrès en la matière. Il est devenu absolument urgent de rendre les troupes de combat prêtes à partir en quelques heures, et les services de l’arrière prêts à fonctionner, au plus tard, dans le délai jusqu’ici imparti aux troupes.

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